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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/480

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15 janvier.

Je viens de visiter les magasins et les bureaux de direction de la commission sanitaire, cette belle institution qui s’est formée et qui marche seule, faisant les trois quarts de la besogne, que le gouvernement néglige. Son administration forme une hiérarchie régulière à la tête de laquelle siège un comité central dont les pouvoirs sont absolus. Elle se distribue en départemens, en armées et en services comme un ministère : elle emploie une légion de médecins, d’infirmiers, d’intendans, d’inspecteurs, qui la plupart s’adonnent gratuitement à ces fonctions pénibles, sans autre récompense que l’austère plaisir de faire le bien et de servir utilement leur pays. J’ai vu le tableau synoptique de cette organisation ingénieuse et compliquée, due tout entière à cette initiative individuelle dont les Américains ont le droit d’être fiers. Toutes les branches s’y entre-croisent et tous les pouvoirs s’y équilibrent avec l’unité savante et rationnelle d’une constitution de l’abbé Sieyès. Le directeur du département de l’est, comprenant trois armées, est un jeune homme de Boston, riche de plusieurs millions, qui a interrompu de brillantes études pour dévouer deux ans de sa vie à cette œuvre laborieuse et obscure. « La commission, me disait-il, s’est donné pour devoir de prendre soin du soldat et de pourvoir à tous ses besoins. Elle va le ramasser sanglant sur le champ de bataille ou fiévreux sur la terre humide, le soigne dans ses hôpitaux, l’accueille voyageur ou convalescent dans ces établissemens appelés soldier’s homes, où il trouve toujours un repas et un gîte préparés ; elle l’assiste dans les démarches souvent difficiles qu’il doit faire auprès du gouvernement pour obtenir un congé, pour faire valoir ses titres à la retraite, pour se faire payer sa solde ; elle le défend enfin contre ces soupçons de désertion qui, dans le désordre extrême de l’administration militaire, poursuivent le soldat licencié. » Grâce à cette association libre, fondée on ne sait comment, soutenue par des contributions volontaires, le soldat américain ne s’aperçoit pas qu’il a affaire à un gouvernement irrégulier et malhabile. En même temps les livres de la commission fournissent une statistique exacte et minutieuse de tous les faits que le gouvernement ignore. Chaque soldat est inscrit sur un triple registre, et c’est souvent par l’entremise de la commission qu’on découvre ceux que l’état civil avait oubliés, et dont toute trace semblait avoir disparu. J’ai vu sur les tableaux d’ensemble un fait curieux et qui mérite d’être signalé : les trois quarts des pertes des armées n’ont pas eu lieu sur les champs de bataille, mais par maladie. En été et en hiver, la proportion des pertes est effrayante, au point que dans l’armée de Mac