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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/446

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départemens, fit un refus positif, et offrit seulement de traiter à forfait pour l’exploitation, moyennant qu’on lui garantirait une recette annuelle de 8, 500 francs par kilomètre. Cette somme fixe lui paraissait représenter la dépense moyenne occasionnée par l’entretien de la voie et du matériel et par la mise en marche de trois trains par jour en chaque sens. Dans ce système, la compagnie n’eût couru aucun risque, et le département eût eu toutes les chances de gain ou de perte suivant que les recettes effectives eussent été supérieures ou inférieures au chiffre fixé des dépenses.

Cette combinaison ne pouvait être acceptée, car elle eût exposé les finances départementales à des éventualités dangereuses. D’autres concessionnaires se présentèrent alors, mais en demandant que le département et les communes consentissent à de nouveaux sacrifices et contribuassent pour une part à la transformation du chemin proprement dit en voie ferrée. Il s’agissait de voter un supplément de subvention d’à peu près 20 000 francs par kilomètre, soit 1 million pour la ligne de Strasbourg à Barr et Wasselonne. Le département et les principales villes intéressées à l’entreprise accordèrent sans difficulté le nouveau contingent qu’on leur demandait.

Il semblait difficile, impossible même qu’un concessionnaire entreprît l’exploitation des embranchemens construits avec les ressources vicinales sans une entente étroite avec la grande compagnie au réseau de laquelle ces embranchemens venaient se souder. On craignait que des tarifs différentiels bien combinés ne vinssent décider les expéditeurs et destinataires de marchandises à employer, pour les matières venant de loin, le camionnage au lieu du chemin de fer local. Cette difficulté n’a pas sans doute l’importance qu’on lui supposait. Les principaux industriels et propriétaires du pays, auxquelles chemins projetés devaient le plus profiter, ne s’en réunirent pas moins en société financière pour prendre à leur charge les risques d’exploitation dont le département, de même que la compagnie de l’Est, ne voulait pas être responsable. Cette société locale, constituée au capital de 1 200 000 francs, devait poser la voie de fer à ses frais, compléter les bâtimens des stations, et remettre le chemin en cet état à la compagnie de l’Est, qui maintenait ses premières propositions, c’est-à-dire qui s’engageait à exploiter la ligne moyennant une recette garantie de 8 500 francs par kilomètre et par an. Toutefois l’affaire parut alors si peu avantageuse sous le rapport financier que l’association qui s’interposait ainsi entre le département et la compagnie de l’Est ne put se former qu’avec la promesse d’un secours de l’état. En effet, le gouvernement lui accorda une subvention de près de 20 000 francs par kilomètre, autant en vue de favoriser l’intéressante expérience que