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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/415

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deux embarcations avec la hache : en outre les mares d’eau douce étaient si étendues qu’on préféra les traverser en canot. Le vent fraîchissant, les glaces s’écartèrent, et on put s’avancer dans les embarcations de 5 milles (9,300 mètres) vers le nord dans un canal très sinueux. On vit encore des goélands et quelques phoques. Le 1er juillet au matin, il neigeait aussi, et les voyageurs eurent de la peine à sortir du glaçon flottant sur lequel ils avaient passé la nuit, tant les masses qui les entouraient étaient en mouvement. Après en avoir traversé quelques-unes, ils trouvèrent de nouveau une mer relativement libre, puis une surface de glace plus unie qu’auparavant, mais recouverte d’une couche de neige molle de trente centimètres d’épaisseur, qui rendait la marche fort difficile. « Nous étions toujours en avant, dit Parry, le lieutenant Ross et moi, pour éclairer la route. Arrivés à l’extrémité d’un champ de glace ou à un endroit difficile, nous montions sur une éminence élevée de 5 à 8 mètres pour dominer les environs. Aucune expression ne peut donner une idée de la tristesse du spectacle qui s’offrait à nous : rien que la glace, le ciel, et encore la vue du ciel nous était-elle, souvent cachée par d’épais brouillards. Aussi un glaçon d’une forme étrange, un oiseau qui passait, prenaient l’importance d’un événement ; mais lorsque nous apercevions de loin les deux petites chaloupes et nos hommes contournant un monticule avec les traîneaux qu’ils tiraient derrière eux, cette vue nous réjouissait, et dès que leur voix se faisait entendre, il nous semblait que ces solitudes muettes avaient perdu quelque chose de leur horreur. Quand les hommes nous avaient rejoints, nous retournions avec eux vers les chaloupes afin d’aider a les faire avancer ; les officiers s’attelaient avec les matelots. C’est ainsi que nous procédions neuf fois sur dix, et même au début nous étions obligés de faire trois voyages pour transporter tout notre matériel, c’est-à-dire de refaire cinq fois le même chemin. Le 2 juillet, à midi, le thermomètre marquait 1°,7 à l’ombre et 8°,3 au soleil malgré une brume épaisse ; mais nous étions tellement éblouis par la réflexion de la lumière que nous fûmes obligés de nous arrêter. Sous l’influence de la chaleur, la neige s’était ramollie, et nous dûmes nous atteler tous à une des embarcations pour la mettre en mouvement. La neige fondue avait donné naissance à de grandes flaques d’eau sans profondeur à travers lesquelles il fallait traîner les chaloupes avec de l’eau glacée ! jusqu’aux genoux. Nous n’avancions pas de 100 mètres en une heure. » Après des journées aussi fatigantes, Parry et ses compagnons se permettaient une soupe chaude et la chair rôtie de quelques oiseaux tués pendant le trajet, Toutefois l’état des glaces ne s’améliorait pas, c’étaient toujours les mêmes difficultés et un mauvais temps presque continuel. Le 13 juin, on avait atteint la