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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/403

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blanc sur les mappemondes. Des voyageurs intrépides ont pénétré dans l’intérieur de ces continens mystérieux ; presque tous ont payé de leur vie les résultats dont l’Europe savante constate avec reconnaissance le nombre et la valeur. La terre est donc bien près d’être connue tout entière ; il est cependant deux points où l’on n’est pas encore parvenu : ce sont les pôles. L’homme a exploré toute cette portion de la superficie du globe qui décrit chaque jour une révolution autour de son axe idéal ; mais il n’a pas encore atteint les deux points immobiles où cet axe vient aboutir, les deux pôles où le jour et la nuit se partagent l’année, où le soleil décrit pendant six mois des cercles parallèles à l’horizon pour disparaître totalement pendant une période d’égale durée, ces points enfin où tous les méridiens convergent et où les heures ne mesurent plus le temps.

Le voyageur atteignant le pôle nord verrait briller au-dessus de sa tête la constellation de la Petite-Ourse et l’étoile polaire, qui nous semble d’autant moins élevée que nous sommes plus voisins de l’équateur. Celui qui atteindrait le pôle sud ne contemplerait qu’un espace vide, sans étoiles brillantes, mais entouré des grandes constellations australes du Vaisseau, de la Croix, du Triangle, du Paon et de l’Hydre. Les pôles étant plus rapprochés du centre de la terre qu’aucun autre point de la surface du globe, c’est là aussi que la force de pesanteur aie plus d’intensité : la force centrifuge, résultat de la rotation diurne de notre planète, y est au contraire complètement nulle. Le sphéroïde terrestre étant renflé vers l’équateur^ chaque point de cet équateur est plus distant du centre de la terre qu’un autre point situé en dehors de la ligne équinoxiale : aussi c’est sur cette ligne que la pesanteur agit avec le moins d’intensité, tandis que la force centrifuge y atteint son maximum. Soumis à ces deux forces, qui le sollicitent en sens opposé, un corps pesant, à l’équateur, parcourt en tombant un espace de I75m,997 millimètres en six secondes, et au pôle, sous l’influence de la pesanteur seule, 176m,613 millimètres dans le même laps de temps. La différence est de 0m,616 millimètres : elle correspond à celle du diamètre polaire comparé au diamètre équatorial qui s’élève à 42,612 mètres. Les oscillations du pendule confirment ces données. Sous l’équateur, le pendule qui bat la seconde a une longueur de 0ra,991 millimètres ; mais au Spitzberg, par 79° 50’, le général Sabine a vu qu’il fallait allonger l’instrument de 5 millimètres pour que la durée de ses oscillations fût encore d’une seconde. On connaît théoriquement la longueur que le pendule doit avoir au pôle ; l’expérience directe est encore à faire. Sur la terre même, rien n’avertirait le voyageur qu’il a touché ce point si important dans la mécanique de notre globe : il peut être situé sur un