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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/327

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des fêtes. L’âge des inventeurs a été remplacé par l’âge des connaisseurs, et la pompe des habits dorés, le sérieux de l’étiquette espagnole, la galanterie du sigisbéisme nouveau, la diplomatie des conversations officielles, la licence et le raffinement des mœurs monarchiques vont se déployer devant les nobles formes et les chairs vivantes des peintures, devant les arabesques d’or des murailles, devant le somptueux étalage des meubles précieux par lesquels le prince fait figure et tient son rang. Pierre de Cortone, Fedi, Marini, les derniers peintres de la décadence couvrent les plafonds d’allégories en l’honneur de la famille régnante. Ici Minerve enlève Cosme Ier à Vénus et le conduit à Hercule, modèle des grands travaux et des exploits héroïques ; en effet, il a mis à mort ou proscrit les plus grands citoyens de Florence, et c’est lui qui disait d’une cité indocile : « J’aime mieux la dépeupler que de la perdre. » Ailleurs la Gloire et la Vertu le conduisent vers Apollon, patron des lettres et des arts ; en effet, il a pensionné les faiseurs de sonnets et meublé de beaux appartemens. Plus loin, Jupiter et tout l’Olympe se mettent en mouvement pour le recevoir dans les parvis célestes ; en effet, il a empoisonné sa fille, fait tuer l’amant de sa fille, tué son fils, qui avait tué son frère ; sa seconde fille a été poignardée par son mari, la mère en meurt ; à la génération suivante, ces opérations recommencent ; on s’assassine et on s’empoisonne héréditairement dans cette famille. Mais les tables de malachite et de pierre dure sont si belles ! Les cabinets d’ivoire, les meubles de mosaïque, les coupes à anses de dragons sont si bien choisies ! Quelle cour goûte mieux les œuvres d’art et entend mieux les fêtes ? Quoi de plus brillant et de plus ingénieux que les représentations mythologiques par lesquelles on y célèbre le mariage de François de Médicis avec la fameuse Bianca Capello, de Cosme de Médicis avec Marie-Madeleine d’Autriche ? Quel meilleur asile pour les académiciens qui épurent la langue et rédigent des dédicaces, pour les poètes qui arrondissent des complimens et aiguisent des concetti ? La politesse obséquieuse y fleurit avec ses emphases, le purisme littéraire avec ses scrupules, le dilettantisme dédaigneux avec ses raffinemens, la sensualité contente avec son indifférence, et le « très illustre, très accompli, très parfait » gentilhomme, devenu le cicérone de l’Europe, explique avec un Sourire complaisant aux barbares venus du nord [1] « la vertu » de ses peintres et la « bravoure » de ses sculpteurs.

Il y en a trop. Cinq ou six tableaux de Raphaël se détachent : l’un est cette madone que le grand-duc emportait avec lui dans ses

  1. Voyage de Milton en Italie.