Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/232

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


même qu’on n’y enseigne point du tout la religion, de sorte que le principe moderne de la sécularisation de l’enseignement primaire donné par l’état, que l’église combat ailleurs comme une monstruosité, est accepté par elle en Irlande comme en Hollande, c’est-à-dire là où le pouvoir étant protestant, elle ne peut espérer régner en souveraine.

L’approbation du souverain pontife assura le succès de l’enseignement national. Les prêtres permirent à leurs paroissiens d’envoyer leurs enfans dans les écoles mixtes, et beaucoup d’écoles catholiques, dont les ressources étaient insuffisantes, se sécularisèrent, se soumirent aux règlemens généraux, et obtinrent des subsides. Bientôt les locaux et les bâtimens manquèrent, tant était grand l’empressement à recevoir une instruction naguère encore condamnée du haut de la chaire. Le progrès fut rapide et constant. En 1833, on comptait 789 écoles et 107,000 élèves ; en 1843, 2,912 écoles et 355,000 élèves ; en 1853, 5,023 écoles et 550,000 élèves ; enfin, en janvier 1863, 6,010 écoles et 811,973 élèves. De janvier 1861 jusqu’en 1863, plus de 520 écoles, dont 287 écoles catholiques, s’étaient soumises à la législature nationale. On peut donc affirmer qu’en Irlande l’école laïque soutenue par les subsides de l’état a pleinement réussi et ne donne lieu à aucune plainte de la part des parens, car leurs sentimens religieux ne sont pas froissés par un enseignement indépendant et du gouvernement et des sectes.

C’est à lord Stanley (depuis lord Derby) que l’Irlande doit en grande partie la généralisation d’un système qui a couvert d’écoles ce pays qui n’en avait que de rares et de misérables, et il est honorable pour le chef du parti conservateur et ultra-anglican d’avoir contribué si efficacement à répandre l’instruction parmi ces populations catholiques vouées à une misère héréditaire et à une ignorance qui semblait sans remède. Une loi de 1861 est venue confirmer la charte de 1845, qui avait constitué le comité directeur en personne civile ; elle a codifié les règlemens antérieurs et déterminé les mesures d’application, l’instruction religieuse, l’emploi des livres, l’inspection. Le salaire des instituteurs varie entre 600 et 1,300 francs, et celui des institutrices entre 1,050 et 400 francs. Tout le monde est satisfait du régime actuel, et peu à peu les lumières se répandent.

L’expérience de l’Australie n’est pas moins instructive que celle de l’Irlande, et montre clairement la voie que l’Angleterre devrait suivre pour améliorer son enseignement primaire. Le système adopté naguère encore en Australie était le système anglais de