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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/166

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et nous assurent les mêmes avantages, la coopération qui les y aura contraints ne sera-t-elle point par cela même triomphante ? Croit-on qu’à défaut de marchands nous allons avoir à lutter contre une autre société de coopération ? Oh ! la rare imagination ! Pourquoi lutterions-nous, si personne chez nous n’a un intérêt distinct de celui de tout le monde ? Quand même notre société dépasserait nos espérances, s’il s’en fonde une à côté qui soit aussi solide et plus avantageuse, nous passons à elle aussitôt en vertu du principe, même qui nous faisait être. Quelle erreur de nous parler de concurrence, à nous qui ne naissons que pour l’intérêt général et ne pouvons prospérer que par lui ! C’est, après une révolution, juger le monde nouveau par les principes du vieux monde. La concurrence peut être bonne entre marchands ; elle est impossible entre les sociétés, parce qu’elle s’éteint nécessairement par une fusion le jour même où elle se produit. Ainsi ces objections sont des chimères. Le bénéfice est certain, les sociétés sont utiles ; donc elles sont possibles.

Nous avouons cependant avec empressement qu’une association de consommation ne peut pas prospérer partout, et qu’elle ne prospérera nulle part, si elle n’est conçue sur des bases très sérieuses. Si les marchands à qui elle doit succéder se contentaient d’un faible bénéfice et vendaient des denrées de bonne qualité, si la population à laquelle elle s’adresse est trop mobile pour qu’on puisse prévoir la vente avec quelque certitude, trop disséminée pour permettre un service régulier et peu coûteux, si en outre la société n’a pas le fonds de roulement nécessaire pour procéder dans ses achats à la façon des grands marchands et profiter des bonnes occasions, alors qu’elle se garde bien d’ouvrir ses magasins : elle ne rendrait aucun service et courrait infailliblement à sa ruine. Beaucoup de marchands qui commencent dans des conditions, défavorables ne demandent qu’à vivre d’abord, et comptent pour réussir sur quelque chance imprévue ; mais ce n’est pas le cas de l’association coopérative, heureusement pour elle : elle doit acheter et vendre à coup sûr et toujours au comptant. Elle ne doit donc commencer que si elle est sûre de durer, et ne peut rendre de services qu’à cette condition.


III

Ici se présente la question la plus importante au point de vue pratique, car de la solution qu’on lui donnera dépend tout l’avenir des sociétés coopératives de consommation. Les sociétés vendent-elles seulement à leurs associés ? vendront-elles au public ?

Supposons qu’elles vendent seulement à leurs associés : elles peuvent vivre ainsi à la rigueur, cela ne fait guère de doute. Si les