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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/1073

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jeune et la moins éprouvée peut-être, Mme de Montagu, nous a raconté les douleurs, et qui, en traversant ces temps calamiteux, semblent avoir lutté entre elles pour nous laisser comme à l’envi les plus merveilleux exemples d’abnégation, de force et de sainteté.

Telle est cette série de portraits si différens les uns des autres, de physionomies si diverses, et cependant tous éclairés de la même lumière, du reflet sombre et sinistre de nos plus néfastes journées. L’auteur s’est bien gardé de forcer les couleurs : son pinceau délicat et sobre se borne à tracer les faits et les laisse parler et s’expliquer eux-mêmes. Nous l’avons déjà dit, c’est une main de femme qui manie ce pinceau, sans prétention d’artiste, avec un talent qui s’ignore et qui parfois s’élève jusqu’à l’art, à force de clarté, de bonne grâce, de convenance dans le récit. Le but évident de ce livre est de montrer ce que valent les femmes aux prises avec le malheur, de le leur dire à elles-mêmes, de leur donner l’exemple, de leur tracer la voie des grands courages. Espérons que les générations présentes ne seront pas appelées à voir grossir le nombre de nos illustres héroïnes ; mais en supposant même que l’adoucissement des mœurs nous préserve à jamais de ces tristes retours de maux toujours possibles, ce n’en est pas moins un enseignement solide et profitable, même pour les vertus paisibles du foyer domestique, que la contemplation de vies si noblement sacrifiées et de vertus si saintes et si hautes.


L. VITET.



DONANIEL, DE M. LÉON GRANDET [1].


Parmi les tentatives poétiques de notre temps, il en est bien peu qui ne soulèvent une question chagrine. Qu’avons-nous gardé des anciennes ardeurs, et s’éveille-t-il enfin quelques élans nouveaux ? Voici un livre qui porte l’empreinte à la fois des réminiscences et des aspirations inquiètes auxquelles est livrée depuis si longtemps la poésie contemporaine. L’empreinte des réminiscences est très vive, et à première vue, surtout après avoir lu les vers qui servent d’épigraphe, on serait presque tenté de ranger M. Léon Grandet parmi quelques champions attardés du vieux romantisme. Cependant, à mesure qu’on avance dans la lecture de ce récit poétique, on se rassure, et on reconnaît, à travers bien des inégalités d’exécution, un accent satirique, une verve railleuse de bon aloi. Le tort de l’écrivain, c’est de ne s’être pas consulté assez sévèrement lui-même sur la vraie direction de son esprit, sur la véritable portée de ses forces. Il est évident que l’influence salutaire et très visible exercée sur lui par la lecture de Namouna, de Rolla, des Nuits, a été combattue par mille courans contraires, surtout par l’action du faux pittoresque et du moyen âge de fantaisie d’après 1830. Quoi qu’il en soit, la vie circule dans quelques parties de ce poème, et fait excuser les négligences trop nombreuses d’exécution, les rimes impossibles, les fautes mêmes contre la grammaire. Quel travail d’épuration, de concentration, se fera plus tard chez l’auteur de Donaniel, c’est ce que ses nouvelles tentatives nous apprendront. En attendant, nous

  1. 1 vol. in-18, Achille Faure.