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eux disparaissent, et quand on approche des origines mêmes du rituel, il devient possible de distinguer les sources d’où il émane. Cette histoire en effet ne ressemble pas à un fleuve dont le cours principal est formé des eaux qui lui viennent de tous côtés, mais à un bassin qui, après avoir réuni les eaux de deux ou trois sources, les répandrait par des canaux se divisant à l’infini. Nous sommes pour ainsi dire à l’extrémité de ces canaux, et nous ne pouvons atteindre aux sources primitives qu’à la condition d’en remonter patiemment le cours.

Cette méthode appliquée à l’étude des rites chrétiens conduit à ce résultat, que beaucoup d’entre eux, comparés à la Bible et aux pratiques des Hébreux, n’ont pas une origine sémitique ; d’autres au contraire étaient pratiqués chez les Juifs et ont passé de leur culte dans les cultes chrétiens. Ainsi plusieurs grandes fêtes de l’année portent des noms hébreux, plusieurs objets sacrés dans les églises sont des souvenirs de l’ancienne loi ; mais presque toutes les parties du saint sacrifice, l’autel, le feu, la victime, tout ce qui manifeste aux yeux le dogme de l’incarnation ou sa légende, puis, dans un autre ordre de faits, le temple, la cloche, plusieurs des habits sacerdotaux, la tonsure, la confession, le célibat, sont autant de symboles ou d’usages dont l’origine doit être cherchée ailleurs que chez le peuple juif. Il en faut dire autant des prières et des paroles qui se prononcent dans la plupart des cérémonies sacrées : celles qui ne sont pas des psaumes ou d’autres citations de la Bible sont animées d’un esprit qui n’a rien de sémitique ; beaucoup d’entre elles ressemblent, et pour le fond et pour la forme, à des chants d’une autre race dont nous possédons les originaux.

Plusieurs documens antérieurs à Jésus-Christ prouvent que le bouddhisme était connu à cette époque dans l’angle sud-est de la Méditerranée : le Bouddha est nommé par le Juif hellénisant Philon ; la doctrine des samanai de l’Inde, qui ne sont autre que les çramanas ou disciples du Bouddha, était célèbre et appréciée dans Alexandrie et dans toutes les parties orientales de l’empire romain. La Bible n’est pas le seul livre étranger dont les savans grecs aient pris connaissance au temps des Ptolémées. La fondation du Musée, suscitée par un professeur célèbre des premiers temps du royaume d’Égypte, par Démétrius de Phalère, avait créé un centre d’études où se déroulaient sans cesse, avec une liberté scientifique que nos écoles ne connaissent pas, les doctrines et souvent les textes sacrés de toutes les religions alors connues. À l’époque où se fondèrent les rites chrétiens dans les réunions souvent clandestines de la primitive église, il y avait six ou sept cents ans que le bouddhisme existait avec sa doctrine complète, ses rites et sa hiérarchie, et que de l’Inde il envoyait des missionnaires dans presque toutes les contrées