Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 54.djvu/99

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


novateur en titre, suspect de parti-pris, réduit à donner des gages contre ses propres opinions, c’était un classique qu’il fallait, un classique éprouvé, un franc ami du Parthénon, mais d’esprit assez large et de vues assez hautes pour se complaire aussi sous les souples arceaux de la Sainte-Chapelle et pour en révéler à ses disciples les mystérieuses beautés.

Ne nous arrêtons pas à ces détails, ce n’est là que la partie secondaire des innovations du décret. Les deux grandes réformes, les deux brèches ouvertes dans l’ancien mode d’enseignement, c’était d’une part la suppression des concours préparatoires, de l’autre la création d’un certain nombre d’ateliers remplaçant l’ancien cours de dessin. De ces deux sortes de nouveautés, la première, nous venons de le voir, a péri dès le port, et ce naufrage, les amis du décret l’appellent trahison. On a miné, disent-ils, leurs idées par la base ! Le ministre, qui avait eu le courage de rompre avec l’Académie en corps, ne s’est pas assez défié des académiciens en détail ! Il a poussé la longanimité jusqu’à leur donner place dans le conseil supérieur de l’école, et c’est là que ces académiciens ont sans bruit, traîtreusement, rongé la maille qui emporte tout l’ouvrage. Nous convenons que la surprise a dû n’être pas médiocre, et nous comprenons l’humeur de nos réformateurs déçus ; mais il leur reste les ateliers, neuf ateliers, c’est quelque chose ! Ils ne peuvent pas se plaindre, on n’a pas marchandé, et le budget de l’école en portera de lourdes traces. Si la dépense est bonne, nous demandons de bon cœur le bill d’indemnité. Par malheur le doute est permis. Que veut dire tout ce luxe ? que faut-il s’en promettre ? Qu’a-t-on fait ? qu’a-t-on voulu faire ? Cherchons à nous en rendre compte en nous hâtant le plus que nous pourrons.

On prétend que les ateliers particuliers, tels qu’en avaient ouvert à certaines époques nos sculpteurs et surtout nos peintres les plus en renom, sont aujourd’hui devenus impossibles. Est-ce vrai ? Les obstacles matériels qu’on invoque sont-ils insurmontables ? Nous le regretterions, car rien ne peut, selon nous, remplacer cette sorte d’enseignement. Aussi nous aurions voulu qu’avant d’en venir à l’expédient de créer des ateliers dans l’école elle-même, on eût sérieusement tenté tous les moyens d’en faire naître au dehors, et, par exemple, qu’on eût favorisé par des encouragemens, par des indemnités, la création de locaux convenables ou compensé le renchérissement des loyers. En fait de sacrifice, c’est à ceux-là surtout qu’il fallait consentir. Supposez que Flandrin, avant son fatal voyage, eût laissé voir cette tentation d’ouvrir un atelier qu’il semblait accueillir peu de temps avant sa mort, quel sacrifice ne fallait-il pas faire pour le déterminer ? Non-seulement nous y aurions