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vos inclinations, décidez de vos destinées. — N’y a-t-il pas là comme un reflet de ce malheureux système, la plaie de nos collèges, que le pouvoir mieux inspiré détruit peu à peu chaque jour ? Pendant qu’on en délivre les lettres et les sciences, n’est-ce pas une heureuse idée que d’en rajuster les débris à l’usage des arts ? Non, ce n’est pas ainsi qu’on aide la jeunesse. École contre école, à la bonne heure ! Chacun croit à son maître, chacun a son drapeau. On marche ; on se dévoue, on s’anime, on arrive, tandis que ce système de controverses organisées, ces luttes simulées, devant des maîtres impassibles, dans « une même enceinte, » ce n’est toujours qu’un monopole aggravé par l’indifférence.

Sortez de cette ornière ; encouragez les véritables luttes, les luttes vivifiantes, mais sachez bien que sans l’indépendance ces luttes-là n’existent pas. Le seul moyen de rétablir chez nous les conflits d’autrefois était donc d’accepter, de savoir tolérer l’ancienne constitution, l’indépendance de l’École des Beaux-Arts, sauf à donner la même dot aux institutions rivales qu’on lui eût opposées.

L’indépendance, nous dit-on, la véritable indépendance, est celle qui suffit à ses propres besoins, telle qu’elle existe en Angleterre. Pour avoir des franchises et ne relever que d’elle-même, il faut qu’une école se fonde et se soutienne par des fonds librement recueillis. A-t-on bien calculé jusqu’où conduit cette réponse ? Ainsi vous auriez laissé à l’École des Beaux-Arts ses anciennes franchises, si elle était subventionnée par des particuliers ? Ainsi, pourvu qu’il ne paie rien, l’état peut sans danger tolérer que l’enseignement soit donné hors de lui, en toute liberté, par des hommes qu’il n’a pas choisis, sur des programmes qu’il n’a pas faits ? Le péril ne commence donc qu’avec la subvention qu’il donne ? Assurément nous souhaiterions que nos conditions de fortune, nos mœurs, nos habitudes permissent d’épargner à l’état toute onéreuse intervention dans ces sortes d’affaires : ce serait pour le mieux ; mais quand le mieux n’est pas possible, le bien est-il donc défendu ? Si nous ne marchons pas tout à fait sans lisières, est-ce un juste motif de nous mettre au maillot ? Ne faut-il pas en France que le trésor public, presque en toute occasion, supplée à ce défaut d’initiative des fortunes privées ? N’est-ce pas, jusqu’à nouvel ordre, le seul moyen de rétablir une certaine égalité entre nos voisins et nous, de nous faire jouir des avantages que par eux-mêmes ils se procurent, comme dans certains climats l’emploi de la terre chaude est une nécessité pour obtenir ce que dans d’autres la terre et le soleil donnent spontanément ? Ce qui importe, c’est le but : que le moyen, à la rigueur, soit plus ou moins artificiel, le but n’en change pas pour cela de nature ; il n’est ni moins utile, ni moins bon, ni moins