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sans ce métal auraient pendant longtemps encore été privés d’habitans.

En voyant, à l’exposition de Londres de 1862, les nuggets à l’éclat brillant et aux formes contournées, autour desquels la foule ne cessait de se presser, et surtout cette pyramide dorée d’un volume imposant, qui représentait sous une forme sensible les 2 milliards 1/2 extraits en dix ans du sol de la Victoria, on se demandait involontairement à quelles destinées était promise une terre qui donne de tels produits sans s’épuiser. Quand on songe aux valeurs incalculables enfouies dans les deux empires qui sont aux pôles du Pacifique, n’est-on pas tenté de croire que le foyer de la civilisation va se déplacer sur la surface du monde, et, docile à l’aimant qui l’attire, transporter sur un théâtre plus large sa puissance, ses vieilles traditions et son énergie ? Ces déplacemens d’influence ne sont pas sans exemple dans l’histoire. L’Atlantique a, depuis plusieurs siècles, joué le rôle qui dans les temps plus anciens avait été dévolu à la Méditerranée, que la Méditerranée avait elle-même enlevé à la mer Egée. L’Atlantique est aujourd’hui la grande voie du commerce, le trait d’union entre les nations les plus civilisées du globe. Qui sait si le Pacifique n’acquerra pas plus tard l’importance que possède l’Atlantique de nos jours et que les mers intérieures possédaient aux temps plus anciens ? A chaque acte, la scène va en s’agrandissant. Les vieilles nations de la Chine et du Japon sont sollicitées chaque jour davantage d’entrer en relations fréquentes avec nous ; des états puissans se forment à l’improviste sur les côtes inconnues du Pacifique ; les royaumes plus anciens se régénèrent. L’or peut s’attribuer une large part dans cette sorte de migration de l’activité humaine. S’il est impuissant à créer seul des empires, au moins donne-t-il le branle aux nations trop stationnaires.


H. BLERZY.