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le district de Castlemaine par exemple, c’est un accident bien rare, En moyenne, la teneur n’excède pas un trente-millième, et l’on a vu même, dans des conditions favorables, des mineurs retirer un bénéfice suffisant du lavage des sables qui ne renfermaient qu’un quatre-millionième de métal précieux. On appréciera combien la méthode d’exploitation est perfectionnée par ce fait, qu’il faut alors passer au crible plus de mille kilogrammes de sable pour obtenir en or la valeur d’un franc.

Parmi les chances heureuses qui retiennent le mineur sur les champs d’or, quand bien même il n’y recueillerait d’habitude qu’un petit profit, on doit compter en première ligne les grosses masses de métal qui, de temps à autre, se trouvent, sous sa pioche. Avant la découverte des terrains aurifères de la Californie et de l’Australie, il avait été question dans le monde de quelques pépites considérables. La plus grosse, d’un poids de 35 kilogrammes environ, avait été extraite des monts Ourals en 1842, et est encore conservée, dit-on, au muséum de Saint-Pétersbourg. Le Mexique et l’Amérique du Sud en donnaient rarement, et toujours d’un volume assez médiocre. La Californie même e n’en a pas fourni de très remarquables, la plus grosse qui ait été trouvée dans ce pays ne pesant que 10 kilogrammes. En Australie au contraire, et surtout dans la province de Victoria, on en a récolté en quantité et d’une dimension merveilleuse. Il n’est pas d’année où les changeurs de Melbourne n’en déçoivent cinq ou six d’un poids moyen de 6 à 10 kilogrammes. L’un des premiers nuggets que l’on ait trouvé (c’était en octobre 1852) fut acheté par le corps législatif de la colonie pour être offert à la reine d’Angleterre. Le plus gros de tous, découvert en 1858 à Ballarat, dans les alluvions anciennes, à 54 mètres de profondeur, présentait l’énorme poids de 70 kilogrammes. Il fut baptisé du nom de Welcome, le bienvenu, et vendu au prix de 262, 000 francs à un industriel qui le montrait à Melbourne comme objet de curiosité : spéculation assez mauvaise, paraît-il, car il fut bientôt après expédié à Londres et converti en lingot.

Ce qu’il y a encore de remarquable dans les mines d’or de l’Australie, c’est que le métal qui en est extrait est d’une grande pureté. Soit en lingots, comme le produit l’amalgamation des filons quartzeux, soit en paillettes et en nuggets, comme on le retire des alluvions anciennes ou récentes, le métal a d’habitude plus de valeur, à poids égal, que la monnaie d’or elle-même, qui contient, on le sait, une certaine proportion de métaux étrangers. L’or pur étant dit à 24 carats, celui que l’on extrait des mines à Ballarat et dans quelques autres districts favorisés est à plus de 23 carats ; dans les terrains les moins bien partagés, le titre est rarement inférieur à 20 ou 21 carats.