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ou sous quelque mansarde, de lui fournir prompte occasion de se manifester et de se faire comprendre ; mais jusque-là, tant qu’elle est en croissance, tant qu’elle est à l’école, encore un coup, laissez-la faire, laissez-la se débattre et se frayer librement son chemin.

Puisqu’il en est ainsi, puisque l’originalité véritable échappe à votre tutelle et qu’il n’existe aucun moyen ni de la faire germer, ni de la faire grandir, ni même de la décourager, quelle est donc cette autre originalité dont le salut vous préoccupe, dont vous vous faites les patrons, et pour qui vous créez tout exprès un système d’enseignement nouveau ? Il faut bien vous le dire, c’est la petite et trop souvent la fausse originalité : disposition d’un autre ordre, aussi fragile, aussi précaire que l’autre est saine et robuste ; séduisante promesse, presque toujours trompeuse. Quand vous l’aurez bien caressée, bien protégée dans ce nouveau gymnase fondé en son honneur, quand elle aura grandi loin des doctrines monotones et des rudes études dont le contact l’effarouche, que vous donnera-t-elle en mettant tout au mieux ? Quelques caprices spirituels, quelques gracieuses fantaisies, feux follets qui ne seront pas sans charme tant qu’elle aura quelque jeunesse ; mais, le souffle bientôt venant à lui manquer, elle répétera jusqu’à son dernier jour les mêmes naïvetés, si c’est la candeur qu’elle affecte, les mêmes impertinences, si c’est l’audace qu’elle joue, si bien qu’à tous les yeux il sera clair enfin que sa candeur et son audace sont d’impuissantes maladresses et d’ignorantes présomptions.

Et c’est là ce qu’il faut cultiver à grands frais et propager comme en serre chaude ! Mais à quoi bon ? Cette originalité secondaire, la seule, répétons-le, dont il puisse être ici question, elle a son patron tout trouvé. Le public d’aujourd’hui lui bat des mains et lui ouvre sa bourse. Le fait n’est-il pas notoire ? Le rapport officiel placé en tête du décret n’a-t-il pas soin de l’attester ? « Le public, nous dit-il, n’ayant point de système, point de parti-pris, comprend tout et juge tout sans prévention, heureux quand il trouve un mérite quelconque sous les tentatives les plus audacieuses. » Cette impartiale indifférence mêlée d’amour pour la témérité, cette soif du nouveau, ce besoin de l’extraordinaire, cet engouement un peu crédule pour les dehors de l’originalité, n’est-ce pas, sans en médire et à quelques rares exceptions près, n’est-ce pas là notre goût du jour ?

Que fait donc le décret ? quelle position prend-il ? Il se met hardiment à la remorque de la mode. Beau courage, à coup sûr, et grande utilité ! Nous voudrions ne pas tomber dans une sorte de redite ; mais comment faire ? Ce même anachronisme dont tout à