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vieillesse, de faire de belles funérailles à ses parens quand ils meurent, et de recevoir lui-même de ses enfans une belle et magnifique sépulture. »

La vraie histoire serait celle des cinq ou six idées qui règnent dans une tête d’homme ; comment un homme ordinaire, il y a deux mille ans, considérait-il la mort, la gloire, le bien-être, la patrie, l’amour, le bonheur ? Deux idées ont gouverné cette civilisation antique, — la première, qui est celle de l’homme ; la seconde, qui est celle de la cité : — faire un bel animal, dispos, sobre, brave, endurant, complet, et cela par l’exercice corporel et le choix des bonnes races ; — faire une petite société fermée, comprenant en son sein tout ce que l’homme peut aimer ou respecter, sorte de camp permanent avec les exigences militaires du danger continu. — Ces deux idées ont produit les autres.

Au musée de Naples.

La plupart des peintures de Pompéi et d’Herculanum ont été transportées au Musée de Naples. Ce ne sont que des décorations d’appartement, presque toujours sans perspective, une ou deux figures sur un fond sombre, parfois des animaux, de petits paysages, des morceaux d’architecture : très peu de couleur ; les tons sont indiqués à peu près, mais plutôt amortis, effacés, non pas seulement par le temps. J’ai vu des peintures fraîches, mais de parti-pris. Rien ne devait tirer l’œil dans ces appartemens un peu sombres ; ce qui plaisait, c’est une forme de corps et une attitude ; cela entretenait l’esprit dans des images poétiques et saines de la vie active et corporelle. Celles-ci m’ont fait plus de plaisir que les plus célèbres peintures, celles de la renaissance par exemple. Elles sont plus naturelles et plus vivantes.

Point d’intérêt, le sujet est ordinairement un homme ou une femme à peu près nus, qui lève le bras ou la jambe, Mars et Vénus, Diane qui vient trouver Endymion, Briséis emmenée par Agamemnon, et d’autres semblables, des danseuses, des faunes, des centaures, un guerrier qui enlève une femme. La femme est tellement à son aise, ainsi portée ! Cela suffit, parce qu’on les sent beaux et heureux. On ne comprend pas, avant de les avoir vus, combien une femme demi-drapée qui vient à travers l’air peut offrir d’attitudes charmantes, combien il y a de façons de relever le voile, de faire flotter la tunique, d’avancer la cuisse, de laisser voir le sein. Ils ont eu cette fortune unique, qui a manqué à tous, même aux peintres de la renaissance, de vivre parmi des mœurs appropriées, de voir à chaque instant des corps nus et drapés, au bain, à l’amphithéâtre, et outre cela de cultiver les dons corporels, la force, la vitesse des pieds. Ils parlaient d’une belle poitrine, d’un cou bien