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des villas, les restes des celliers, les substructions maritimes font une chaîne presque continue. La plupart des riches de Rome avaient là une maison de campagne ; mais je ne suis pas aujourd’hui d’humeur archéologique : j’ai tort, l’amphithéâtre surtout en vaudrait la peine. Les voûtes récemment dégagées de la terre sont toutes fraîches et semblent d’hier. Un énorme sous-sol servait de logement aux gladiateurs et aux bêtes. Le cirque tiendrait trente mille spectateurs. Point d’ancienne ville romaine de Metz à Carthage, d’Antioche à Cadix, qui n’ait eu le sien. Pendant quatre cents ans, quelle consommation de chair vivante ! Plus on regarde les cirques, plus on voit que toute la vie antique y aboutit ; la cité était une association pour la chasse et l’exploitation de l’homme ; elle a usé, puis abusé des captifs et des esclaves ; aux temps de sobriété, on a subsisté de leur travail ; aux âges de débauche, on s’est amusé de leur mort. Dans ces vastes caves, dans cette cité souterraine, gisent les colonnes précipitées par le tremblement de terre, pareilles à d’énormes troncs d’arbres. Les chevelures vertes des arbres pendent le long des parois ; l’eau en suinte comme une fontaine qui, goutte à goutte, tomberait des cheveux d’une naïade.

Promenade à Castellamare et à Sorrente.

Le ciel est presque clair ; seulement un banc de nuages pend au-dessus de Naples, et autour du Vésuve de grandes fumées blanchâtres tournoient ou dorment.

Je n’ai point encore vu, même en été à Marseille, cette couleur à la mer, tant le bleu en est profond, presque dur. Au-dessus du fort et luisant azur qui occupe les trois quarts de l’espace visible, le ciel est blanc et semble un cristal. À mesure que l’on s’éloigne, on aperçoit mieux la côte onduleuse, le grand corps de la montagne ; toutes les portions se tiennent comme des membres ; à l’extrémité, Ischia et les promontoires nus reposent dans leur teinte de lilas comme une dormeuse de Pompéi sous son voile. Véritablement, pour peindre une pareille nature, ce continent violet étendu au bord de la grande eau lumineuse, il faudrait prendre les paroles des anciens poètes, figurer la grande déesse fertile que l’éternel Océan embrasse et assiège, et au-dessus d’eux la blancheur sereine, l’éblouissant Jupiter ; hoc sublime candens quem omnes invocant Jovem.

Quelques belles figures aux traits allongés et fins, tout à fait grecques, quelques belles filles noblement intelligentes, et çà et là de hideux mendians qui nettoient leur poitrine velue ; mais la race est bien supérieure à celle de Naples, où elle est râpe tissée et déformée, où les jeunes filles semblent des grisettes rabougries et blafardes.. Les hommes travaillent aux champs. À force de regarder