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sur le point d’arriver à la vie. Plus loin, dans toute la campagne, les troncs blancs des platanes, les verdures adoucies par l’hiver et la brume, les tiges minces des roseaux, l’eau immobile du lac Averne, les contours douteux des montagnes, tout le paysage alangui et muet semble se reposer de l’être, dormir, non pas écrasé ou raidi par la mort, mais enveloppé doucement dans une paix bienfaisante et monotone. C’est de cette façon que les anciens ont conçu l’au-delà, l’extinction de la vie ; leurs tombeaux ne sont point lugubres ; le mort y repose et n’est point souffrant ou anéanti ; on lui apporte des mets, du vin, du lait ; il vit encore, seulement du grand jour il est passé au crépuscule. Les idées chrétiennes et germaniques, Pascal et Shakspeare, n’ont point à parler ici.

Rien à dire de Baïa. C’est un pauvre village, où quelques barques s’amarrent autour d’une vieille forteresse. La pluie est venue et en fait un cloaque. Pouzzoles est pire encore. Les porcs fangeux vaguent dans les rues. Quelques-uns, attachés par le ventre avec une ceinture, grognent et se démènent. Les enfans, déguenillés, semblent leurs frères. Une douzaine de demi-mendians, une sale canaille parasite s’accroche à la voiture ; on les renvoie, on les rebute, rien n’y fait, ils veulent absolument servir de guides. Il paraît qu’il y a trois ans c’était pis. Au lieu de douze à nos trousses, nous en aurions eu cinquante ; les cochons erraient dans les rues de Naples tout comme ici. Ce peuple est encore tout sauvage ; quand il vit arriver le roi Victor-Emmanuel, il fut très étonné, et s’imaginait que Victor-Emmanuel avait détrôné Garibaldi. Plusieurs de ceux-ci n’ont qu’un soulier ; d’autres sont pieds nus, jambes nues dans la boue ; leurs haillons ne peuvent pas être décrits, il n’y en a de pareils qu’à Londres. On aperçoit par les portes ouvertes des femmes qui ôtent la vermine de leurs enfans, des grabats, des corps demi-couchés. Sur les places, à l’entrée de la ville, un ramassis de vagabonds petits et grands attendent une proie, un étranger, et se précipitent. Trois d’entre eux se sont montrés plus acharnés que les autres, et mon compagnon s’est mis à les plaisanter. Ils entendent la plaisanterie, et répondent avec un mélange d’humilité et d’effronterie. Dans tout le souterrain du Pausilippe et en général dans tout Naples, on a envie de se boucher le nez ; c’est bien pis en été, dit-on. Et cela est universel dans le midi, à Avignon, à Toulon, comme en Italie ; on prétend que les sens des méridionaux sont plus délicats que ceux des gens du nord. Réduisez cette prétention aux yeux et aux oreilles.

Nous allons voir un temple de Sérapis, où trois belles colonnes, demeurent debout ; à l’entour sont des bains antiques, des sources sulfureuses ; toute la côte est pleine de débris romains. Les arcades