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monarchie, se proposant de donner, lui aussi, une impulsion nouvelle à nos arts du dessin, s’avisa de parler réforme à l’Institut. Demandez à ce ministre comment fut accueillie sa généreuse ouverture, quel refus péremptoire lui fut signifié ! C’était le même corps, la même compagnie ; il s’agissait, comme aujourd’hui, des règlemens de l’École des Beaux-Arts et de l’Académie de France à Rome. Que voulez-vous de plus ? Pourquoi recommencer ? L’épreuve est faite, l’Académie s’est prononcée : elle ne doit plus s’en prendre qu’à elle-même.

Ainsi rien n’est changé depuis trente-trois ans ! L’Académie de 1831 et celle de 1864 sont une seule et même chose ! Ce que l’une a refusé, l’autre ne peut l’admettre ! Avoir consulté l’une, c’est savoir ce que l’autre va penser ! Quelle identité prodigieuse ! Si du moins, depuis un tiers de siècle, personne n’était mort dans cette classe de l’Institut, le miracle serait un peu moins grand ; mais par malheur il n’en est pas ainsi. Savez-vous ce qui reste de cette Académie des Beaux-Arts de 1831 ? Cinq membres, pas un de plus. Et par qui ceux qui manquent sont-ils représentés ? C’est ici la question principale. Notez que ce ministre, dont on vante à bon droit l’intelligente initiative, M. le comte de Montalivet, voulait mettre en présence l’esprit ancien et l’esprit moderne, et que dans la commission qu’il instituait, en appelant d’un côté les principaux membres de l’Académie, il lui donnait de l’autre, comme contradicteurs, les représentans les plus notables, les plus accrédités de la génération et des idées nouvelles. Or tous ces novateurs choisis par le ministre de 1831, que sont-ils devenus ? Académiciens : l’intolérante compagnie, qui n’avait pas voulu conférer avec eux, les a tous appelés, tous élus tour à tour, un seul excepté, je crois ; M. le ministre lui-même prend soin de nous le dire. Ils se sont assis sur ces bancs où naguère on fulminait contre eux ; ils ont franchi le sanctuaire sans condition, sans amende honorable, n’acceptant avec l’esprit ancien d’autre accommodement que ce degré d’égards et de savoir-vivre qui pacifie les querelles sans altérer les convictions. L’action bienfaisante du temps, qui se glisse partout, pénètre donc aussi dans les académies ! Et vous comptez pour rien de semblables recrues ! Vous voulez que le corps qui s’en est enrichi soit aujourd’hui le même, exactement le même qu’il y a trente-trois ans ! Vous croyez inutile de prendre son avis parce que d’avance, dites-vous, vous savez ce qu’il devra vous dire ! Il y a là, n’en déplaise aux auteurs du décret, et quelles que soient leurs intentions, leur bonne foi parfaite, il y a là tout au moins erreur de date, anachronisme.

Oui, dans notre jeunesse, cette Académie des Beaux-Arts pouvait passer pour close, presque murée à nos idées les plus chères, à ce