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plus variés dans les bois, que l’approche de l’hiver couvre d’une magnifique livrée, inconnue dans les climats européens.

Malgré leur petit nombre et leur impopularité, les copperheads, profitant du découragement général, avaient réussi à dicter la plateforme de Chicago ; ils choisirent également dans leurs propres rangs le candidat à la vice-présidence, M. Pendleton. Pour la présidence, le choix était fait d’avance : le parti démocratique n’avait d’autre candidat sérieux à présenter au peuple que le général Mac-Clellan. Peu de jours après la réunion de Chicago, un comité se rendit à New-York pour apporter au général les résolutions de la convention démocratique. Celui-ci fit quelque temps attendre sa réponse. Il avait contre l’administration, surtout contre quelques-uns de ses membres, de profonds griefs : il attribuait l’insuccès de sa première campagne en Virginie à l’hostilité du cabinet, qui l’avait privé au moment décisif des troupes auxiliaires sur lesquelles il avait compté ; il s’était vu enlever le commandement de l’armée du Potomac presque au lendemain de sa victoire d’Antietam. Après la convention de Chicago, un des amis et conseillers du président, M. Blair, le père de M. Montgomery Blair, qui fut jusque dans ces derniers temps le directeur des postes du cabinet de Washington, se rendit malgré son grand âge auprès.du général Mac-Clellan, et essaya de le déterminer à repousser les offres du parti démocratique. Il fit appel à son patriotisme, lui montra les dangers que pouvaient entraîner le triomphe de ce parti et le changement du pouvoir exécutif. Si le général Mac-Clellan avait suivi les conseils de M. Blair, il n’est pas douteux qu’il eût été promptement chargé d’un commandement militaire important ; les ombres qui enveloppaient sa popularité se seraient dissipées, et son désintéressement politique eût été infailliblement récompensé par le peuple américain. Il était sans doute trop tard : les délégués de Chicago attendaient leur réponse. Qu’allait-il pourtant leur dire ? La presse attaquait avec une vive indignation la plateforme de Chicago ; M. Seward, si réservé d’ordinaire, était un moment descendu dans l’arène politique, et, dans un discours prononcé à Auburn, dénonçait les rédacteurs de ce programme comme des traîtres en connivence avec le sud. De son camp de Petersburg, le général Grant écrivait une lettre conçue dans le même sens, et s’attachait à montrer qu’il ne restait plus à frapper qu’un coup pour en finir avec la rébellion.

Accepter sans commentaires la plateforme de Chicago, c’était avouer que la guerre avait été une erreur, et une erreur aussi colossale, aussi féconde en malheurs publics et privés, n’était-elle pas un crime ? Est-ce là pourtant le langage que pouvait tenir un