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répété qu’il n’y avait aucune connexion entre la guerre civile et l’esclavage, que la guerre n’avait d’autre objet que le rétablissement de l’Union. Le jour où les hommes d’état du sud prirent les armes contre la constitution des états, ils coupèrent un nœud gordien dont chaque année les entrelacemens devenaient plus serrés. Le bon sens public ne s’y trompa point : ce ne fut pas M. Lincoln qui jeta la nation dans les voies de la politique émancipatrice ; la nation l’y entraîna, l’y précipita en quelque sorte. La proclamation émancipatrice du 1er janvier 1863, qui donna la liberté à tous les esclaves des états rebelles, ne fut point dictée par la fantaisie d’une volonté solitaire ; elle était en harmonie avec les vœux de la nation et avec l’ensemble des actes du pouvoir législatif. On n’a peut-être pas fait assez attention en Europe aux efforts du sénat, du congrès, des législatures, pour effacer les dernières traces de l’esclavage. Je rappellerai ici toutes ces mesures : l’abrogation de toutes les lois relatives aux esclaves fugitifs, — la traite intérieure (ou d’état à état) prohibée, — l’admission du témoignage des noirs dans les cours de justice des États-Unis, — le travail libre organisé sur un grand nombre de plantations, dans la Caroline du sud, la Louisiane, le Mississipi, le Tennessee, l’Arkansas, — l’établissement d’écoles pour les esclaves libérés de la Caroline du sud, de la Louisiane, du Tennessee et de la Virginie occidentale, — l’enrôlement de deux cent mille noirs sous les drapeaux de l’Union, — la défense faite par le congrès au gouvernement fédéral d’employer aucun noir non affranchi, — le nouveau traité avec l’Angleterre pour l’abolition de la traite, — l’abolition de l’esclavage dans le district de Columbia, — l’abolition graduelle, mais rapide, de l’esclavage dans l’état du Missouri, — la nouvelle constitution votée par le Maryland qui émancipe tous les esclaves de cet état, — l’amendement à la constitution qui propose d’abolir l’esclavage dans tous les États-Unis, voté par une majorité des deux tiers dans le sénat et obtenant près des deux tiers des voix dans le congrès. Cette nomenclature n’est-elle pas assez éloquente ? et permet-elle de croire que la politique d’émancipation n’a été imposée au président que par une poignée de fanatiques ?

La question de l’esclavage redevint donc, comme avant la guerre, la champ de bataille des partis : le parti républicain, réuni le premier en convention à Baltimore pour choisir un candidat à la présidence, annonça ouvertement dans son programmé qu’il poursuivait l’abolition de l’esclavage en même temps que le rétablissement de l’Union. La convention de Baltimore, en appuyant la réélection de M. Lincoln et en lui promettant l’appui du parti républicain, se déclara pour un amendement à la constitution qui prohiberait à