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nos adversaires (ce sont les paroles de M. Seward) que cette guerre a été un avortement, et qu’elle a été entreprise pour abolir l’esclavage. Je ne reconnais pas que tel ait été l’objet de la guerre, nous ne l’avons faite que pour conserver l’Union ; mais je prends au mot nos adversaires. Voyons comment les choses se sont passées. La première année de la guerre a supprimé la traite des noirs dans les États-Unis ; la seconde année a placé les nègres au niveau des soldats de la liberté et a aboli l’esclavage dans le district de Columbie ; la troisième année a aboli l’esclavage dans le Maryland, et si les démocrates pensent que la guerre aura été aussi un avortement cette année, quand le congrès se réunira, il adoptera un amendement constitutionnel et abolira l’esclavage dans toute l’étendue des États-Unis. Or je sais que quand l’esclavage sera détruit, le seul élément de discorde qui existe au sein du peuple américain cessera de produire ses œuvres malfaisantes. » Cette terrible question de l’esclavage reparaît ainsi par la force des choses au terme de la lutte. Les politiques du sud et du nord ont fait de vains efforts pour la dissimuler et la rejeter sur l’arrière-plan. Les politiques du sud prétendaient qu’elle n’était point le mobile de leur sortie de l’Union ; les politiques du nord soutenaient qu’ils voulaient rétablir l’Union, fût-ce au prix de concessions sur la question des esclaves. Les politiques des deux partis ont inutilement cherché à s’amuser les uns les autres ; la force des choses a rendu les deux intérêts, l’intérêt politique et l’intérêt social et d’humanité, solidaires l’un de l’autre. Deux nécessités qui n’en font plus qu’une veulent que l’Union soit rétablie, et que l’esclavage soit aboli.

On ignore encore l’impression que l’élection du 8 novembre aura produite au sein des états séparatistes. Il est impossible que la réélection de M. Lincoln et la défaite des démocrates dans l’état de New-York n’aient point été pour les hommes du sud une déception amère, et ne deviennent pour eux une cause prochaine de découragement. On comptait beaucoup dans le sud sur l’élection de Mac-Clellan. Les premiers débats du congrès de Richmond ont montré quelles étaient à cet égard les espérances des séparatistes. On croyait qu’avec la présidence de Mac-Clellan deux conventions seraient simultanément convoquées dans les états fédéraux et dans les états confédérés, et qu’un nouvel ordre de choses sortirait des délibérations parallèles de ces deux assemblées. Certes ceux qui en France et en Angleterre ont épousé avec une chaleur si malencontreuse la cause des confédérés se doutent peu des étranges paroles qui ont été prononcées le 8 novembre dans le congrès séparatiste, et qui ont été rapportées par les journaux de Richmond. Un des membres de ce congrès qui a rempli de ses véhémens discours la plus grande partie de la séance, M. Foote, qui croyait encore alors aux chances de succès de Mac-Clellan, a dit dans une péroraison pleine de bravades : « Nous avons plus d’amis dans le nord qu’en Angleterre ou en France. Ces pays ne veulent que la ruine commune du nord et du sud. Je veux, quand notre indépendance sera reconnue, que nous formions