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de balayer pour ainsi dire l’arène des partis, d’en faire disparaître les devises et les armes des anciennes polémiques, de transformer les opinions par la vertu de la chose jugée. On peut prédire qu’un effet semblable va se produire immédiatement aux États-Unis. Les vieilles classifications de républicains, d’abolitionistes, de démocrates de la guerre et de démocrates de la paix, n’ont plus de raison d’être. Ce n’est pas telle ou telle faction qui a triomphé dans la lutte électorale, c’est la nation elle-même, c’est le parti de la nation. Le premier résultat, c’est la dissolution forcée de la coalition des démocrates de la guerre et de la paix. On ne relève plus en Amérique les drapeaux qui ont été ainsi abattus. Les démocrates de la guerre étaient éloignés du gouvernement de M. Lincoln plutôt par des questions de personnes que par les principes. Ils veulent la réconciliation avec le sud, mais avec le rétablissement de l’Union, et, comme le général Mac-Clellan le disait dans son manifeste électoral, contraints à la guerre par l’entêtement des séparatistes, ils étaient résolus à la pousser à outrance. Le sort des war-democrats est donc d’aller se fondre dans le parti national qui a élu M. Lincoln. Quant aux démocrates de la paix, aux copperheads, ils sont pour longtemps réduits à l’impuissance. Les dispositions déjà exprimées du président réélu aideront à la dissolution des oppositions coalisées. Dans le simple et honnête discours qu’il a prononcé après l’élection, M. Lincoln a fait à la conciliation un appel qui sera entendu. « Maintenant que l’élection est finie, a-t-il dit, n’avons-nous pas tous un égal intérêt à nous réunir dans un commun effort pour sauver notre pays ? Quant à moi, j’ai toujours évité, j’éviterai toujours d’élever un obstacle sur cette voie. Depuis que je suis ici, je n’ai volontairement froissé personne. Je suis sensible au grand honneur d’une réélection, mais le désappointement que ce résultat a dû causer à d’autres n’ajoute rien à ma satisfaction. Puis-je demander à ceux qui m’ont soutenu de s’unir à moi dans ce même esprit vis-à-vis de ceux qui m’ont été contraires ? » Dans le sentiment de la force que lui donne le vote populaire, le gouvernement américain ne doit pas se montrer seulement conciliant envers les anciens adversaires de l’intérieur ; il peut, avec dignité et habileté, faire vis-à-vis des états rebelles une solennelle démarche de paix ; il peut leur adresser une nouvelle et pressante invitation à rentrer dans l’Union en leur offrant l’oubli du passé et une complète amnistie. Un discours prononcé à New-York par le général Butler indiquerait que telle est l’intention du président. Si malheureusement le grand acte qui vient de s’accomplir dans le nord n’ébranle pas l’obstination du sud, le gouvernement américain sera en mesure de continuer la guerre avec plus de ressources, de force et d’énergie qu’il n’a pu en montrer jusqu’à ce jour. Sans croire que la lutte soit poussée aux extrémités dont a parlé le général Butler, il est une mesure prochaine à laquelle le sud doit s’attendre, et qui a été annoncée dans un récent discours de M. Seward. Le parti national a aujourd’hui -dans le congrès une majorité suffisante pour voter un amendement à la constitution. « J’ai entendu dire à