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forts, lui enleva à la fois toutes ses espérances et le fruit de tant de travaux.

Tout en poursuivant la solution du problème des longitudes, Galilée avait repris avec ardeur, comme un souvenir embelli de sa jeunesse, les travaux sur la pesanteur, qui à Pise, cinquante ans auparavant, avaient excité l’admiration de ses disciples. Il rédigea cinq dialogues sur deux sciences nouvelles, publiés pour la première fois à Leyde en 1638, trois ans avant sa mort. Le livre tient ce que promet le titre. Les deux premiers dialogues, relatifs à la résistance des matériaux, n’ont pas, il est vrai, toute la rigueur à laquelle ils semblent prétendre : plusieurs des résultats s’éloignent de la vérité, et l’expérience le lui aurait facilement démontré ; mais dans les derniers dialogues, le raisonnement seul est invoqué, et le créateur de la physique expérimentale se montre un théoricien hardi et novateur. Les erreurs, inévitables dans de telles questions abordées pour la première fois, n’amoindrissent pas la grande importance de l’ensemble. Galilée a vu le premier que ces phénomènes si complexes sont soumis à des lois certaines et précises ; il a ouvert et montré la voie, et c’est en suivant ses principes que l’on est parvenu à le corriger.

Le troisième et le quatrième dialogue sont relatifs au mouvement des corps pesans. Galilée y pose les véritables fondemens de la science du mouvement, et des juges illustres les ont considérés comme son œuvre capitale. Dans le dialogue sur le mouvement comme dans l’étude de la résistance des matériaux et dans le traité sur l’équilibre des corps flottans, l’expérience est rarement invoquée. Quoique dans l’esprit de Galilée elle domine tout et doive prononcer en dernier ressort, la théorie tout entière est construite sans elle. « Les lois de la nature sont, dit-il, les plus simples qu’il se puisse ; il n’est pas possible de nager mieux que les poissons ou de voler mieux que les oiseaux. Élevons donc notre pensée jusqu’à la règle la plus parfaite et la plus simple : nous formerons la plus vraisemblable des hypothèses. Suivons-en curieusement les conséquences, que les mathématiques les transforment sans scrupule en théorèmes élégans : nous ne risquons rien. La géométrie a étudié déjà bien des courbes inconnues à la nature, et dont les propriétés ne sont pas moins admirables : c’est à elle seule aussi qu’appartiendront nos résultats, si l’expérience ne les confirme pas. » Cette bonne foi envers soi-même, qui subordonne tout à l’expérience, est le trait distinctif de la méthode de Galilée. Mais pourquoi, dira-t-on, suivre laborieusement les doctrines d’un principe encore douteux ? La véritable philosophie naturelle ne demanderait-elle pas au contraire qu’on le vérifiât tout d’abord par l’étude directe de la nature ? — Galilée a répondu, nous venons de le dire, à cette objection