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Quant aux prix de fabrication, bien que l’écart qui existait entre les deux industries rivales se soit sensiblement réduit, l’avantage du bon marché demeure encore aux Anglais, qui possèdent des minerais, sinon meilleurs, du moins mieux exploités, d’immenses bassins de houille à proximité de leurs grandes usines, ainsi qu’un outillage plus varié. Ils sont notamment mieux approvisionnés pour les aciers, dont l’emploi tend à se substituer de plus en plus à celui du fer. Dans son rapport sur les locomotives, M. Eugène Flachat a signalé cette inégalité, et il a demandé que l’on stimulât en France la fabrication d’aciers supérieurs, non point par l’antique procédé de la prohibition ou d’une protection excessive, mais au contraire par une baisse radicale des tarifs, qui appliquerait à l’acier le traitement du fer ordinaire et qui retendrait même aux pièces fabriquées. L’Angleterre et l’Allemagne commenceraient sans doute par nous apporter de fortes quantités de leurs produits en acier, et ce serait tout bénéfice pour nos fabricans de machines. En même temps l’accroissement des besoins et des demandes inciterait les usines nationales à développer et à perfectionner, à l’aide des matières premières empruntées à nos voisins ou extraites de notre sol, leur fabrication en acier, car, on ne saurait trop le répéter, ce qui crée, ce qui encourage une industrie, c’est moins l’éloignement de la concurrence que le voisinage d’une abondante consommation, et cette vérité économique, qui a eu tant de peine à se faire jour à travers les traditions et les préjugés du passé, s’applique à tous les genres d’industrie. D’ailleurs il ne faut pas perdre de vue que l’acier est la matière première d’un grand nombre de machines, puisqu’il est l’élément des outils, et que l’outillage intéresse essentiellement la fabrication à tous les degrés. Il y a donc pour l’avenir un pas de plus à faire dans la voie des réformes libérales, et il dépend de l’administration d’atténuer la cause d’infériorité qu’a relevée M. Flachat à l’égard de nos ateliers de locomotives, et qui existe pareillement pour d’autres branches de la grande industrie des machines.

Nous avons vu ce que peut attendre l’agriculture du concours promis par les machines à la main-d’œuvre, qui devient insuffisante. Pour l’industrie manufacturière, les résultats obtenus depuis 1855 sont également très remarquables. Peut-être signalerait-on moins d’inventions nouvelles que pendant la période qui a suivi immédiatement la première exposition universelle ; mais les perfectionnemens ont été nombreux, et en pareille matière perfectionner, c’est inventer une seconde fois, puisque chaque progrès amène immédiatement l’augmentation des forces productives et l’amélioration des produits. Citons par exemple la peigneuse Heilman,