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prouvé que depuis 1855 le génie des inventeurs industriels n’avait point sommeillé ; mais elle a montré principalement que, par une féconde propagande, les inventions se sont répandues chez tous les peuples, de telle sorte que les nations les plus humbles peuvent désormais, dans la lutte industrielle, s’élever à la taille des plus grandes.

Cette démonstration apparaît à chaque page dans les rapports du jury français ; elle atteste que tous les peuples ont largement profité des enseignemens que leur avaient donnés les expositions antérieures, elle justifie les mesures libérales qui ont été prises en vue de développer les échanges commerciaux, et en même temps elle trace la route à suivre pour assurer désormais le progrès industriel. Certes il existe encore et il existera toujours entre certains pays, pour telle ou telle branche de production, des inégalités naturelles qui tendront à élever ou à abaisser les prix de revient ; mais ce n’est point l’application d’un droit de douane qui corrigera le plus sûrement ces différends : c’est par l’amélioration de l’outillage et des voies de transport, par l’extension du crédit, par la révision et souvent par la suppression des règlemens intérieurs, par la diffusion de l’enseignement, c’est en un mot par des procédés qui se justifient d’eux-mêmes, et non plus par l’expédient artificiel d’un tarif, que chaque peuple se mettra en mesure de soutenir la concurrence industrielle et de défendre les intérêts du travail national. Les documens que nous avons sous les yeux s’accordent à cet égard. Parmi les rapporteurs qui ont rendu compte de l’exposition de 1862, il n’en est aucun qui ait sollicité l’exhaussement d’une taxe. Tous au contraire ont applaudi à la réforme du tarif et se sont franchement ralliés aux principes qui viennent de triompher dans notre législation. Cette opinion unanime a une très grande portée. Jusqu’ici, la protection accordée à l’industrie tendait à limiter la concurrence, et avait pour résultat nécessaire de rendre les produits plus rares sur le marché, et par suite plus coûteux. Avec le nouveau régime, qui admet la concurrence extérieure, on vise à obtenir une plus grande somme de produits et à les vendre moins cher, afin qu’ils deviennent accessibles à un plus grand nombre d’acheteurs. Le premier système comprimait et opprimait la consommation ; le second est tout à la fois favorable à la production et à la consommation, dont les intérêts sont étroitement unis, la consommation étant en général d’autant plus active que la production est moins coûteuse, et de même la production s’accroissant en raison directe des besoins qu’elle a créés. Au lieu de chercher le salut de l’industrie dans une combinaison qui par le maintien des hauts prix paralyse l’essor de la consommation, on le cherche