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les Aryas, constituer des mythes et des légendes où cet animal ait pris sa place. De plus, rien n’indique que ces deux races d’hommes aient eu des relations positives avant l’époque des rois d’Israël et se soient emprunté l’une à l’autre des conceptions aussi fondamentales. Le récit du serpent tentateur est lié à la légende de l’Éden, et celle-ci à la doctrine sémitique du Dieu créateur. Dire le contraire, c’est soulever contre soi les Juifs, les chrétiens et même les mahométans, dont les croyances religieuses procèdent de ces récits. Avant d’établir de telles assimilations, il faut que la science ait résolu séparément les problèmes que font naître les temps primitifs des Sémites et ceux des Aryas : elle est encore loin de, ce terme ; mais, supposé même que cette partie de la science fût terminée, il est évident que le rôle de l’histoire s’arrête au point où les faits cessent d’avoir un caractère naturel, et qu’au-delà on est forcé d’avoir recours à d’autres moyens d’investigation.

Le Rig-Vêda est le livre sacré des peuples de l’Inde et le fondement de leurs religions. Ce recueil d’hymnes composés dans la vieille langue sanscrite est peut-être le plus authentique des textes sacrés, quoique les auteurs de ces chants soient le plus souvent fictifs ou inconnus. Toutes les données scientifiques prouvent que l’époque où ils remontent n’est pas de beaucoup postérieure à Moïse, et que plusieurs d’entre eux sont peut-être même plus anciens. Ce point, du reste, n’a pas une importance majeure, puisque l’histoire de l’Inde procède par périodes et non par années, au moins pour les temps antérieurs au bouddhisme. Quand on compare l’âge des hymnes védiques à celui des chants homériques les plus anciens, c’est-à-dire de certaines portions de l’Iliade et de quelques fragmens épiques publiés sous le nom d’Homère, on voit que les peuples de race aryenne n’ont aucun monument qui égale en antiquité le Vêda, car il n’est pas possible de citer celle du livre de Zoroastre, dont l’époque semble répondre tout au plus aux premiers temps du brahmanisme indien. Or le Rig-Vêda est tout entier un livre religieux ; la notion qu’on se faisait de Dieu et les rites qui en découlaient y sont entourés de toute la lumière qui manque à la plupart des autres textes sacrés. Toutefois non-seulement le Rig-Vêda ne nous fait pas assister à la naissance de cette notion et de ces rites, mais il suppose lui-même des périodes religieuses antérieures dont il est impossible de fixer la durée. L’état des esprits auquel répondent les hymnes n’est pas un état primordial : le polythéisme, quoiqu’il soit la forme la plus antique de l’idée de Dieu chez les Aryens, y a des développemens si considérables que, pour arriver à ce symbolisme, il a fallu des siècles nombreux à une race occupée surtout de guerre et de conquêtes. Cette conséquence se trouve confirmée par la comparaison des divinités védiques avec celles des autres