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cherche à saisir la chaîne par laquelle il se relie au passé. En assistant aux événemens qui s’accomplissent en Italie, lord Russell croit voir la fin de cette longue période d’abaissement pour la péninsule, période ouverte par la politique et les entreprises de Charles-Quint. Ce point de vue, justifié par l’histoire, encourage les espérances des amis de l’Italie. Cette Italie morcelée et dépouillée d’autonomie qui s’est affranchie sous nos yeux, avec la domination autrichienne et ses petites dynasties étrangères, était bien en effet l’œuvre de Charles-Quint, et peut-on croire encore que ce vieux système, une fois renversé, se puisse jamais relever ? C’est du reste une chose curieuse que l’aplomb qu’ont retrouvé les ministres anglais malgré les échecs qu’a si récemment subis leur politique étrangère. Il y a en Angleterre, dans l’intervalle des sessions, Une continuation de vie politique que les ministres eux-mêmes se plaisent à entretenir. Inaugurations de monumens publics, expositions d’art ou d’industrie, fêtes universitaires, invitations de chambres du commerce, banquets du lord-maire, tout leur est une occasion de prendre la parole et de dire leur avis sur les événemens et les questions du jour. Les membres du cabinet anglais ne se sont point fait faute cette année de mettre ainsi leurs vacances à profit, et, à voir le ton de leurs discours, il ne paraît pas que la triste campagne du Danemark ait altéré leur bonne humeur. Naguère M. Gladstone faisait une promenade triomphale dans le Lancashire. Il y abordait toutes ces grandes questions où se complaisent la générosité de son esprit et la verve de son talent. Il y traçait le programme d’une politique nouvelle, de plus en plus animée de sympathie pour les intérêts sociaux et les progrès politiques des classes populaires. Lord Palmerston s’est prodigué : il a inauguré nous ne savons combien de chemins de fer ; il a parlé en l’honneur de sir George Lewis, cet homme d’état équitable et sensé qu’on considérait en Angleterre comme destiné à être un jour premier ministre, qui a été frappé d’une mort prématurée, et à qui ses électeurs ont récemment élevé une statue. Les chefs de l’opposition ont été plus sobres de paroles. M. Disraeli a prononcé devant un auditoire de fermiers des discours d’agriculteur ; lord Stanley, cet esprit exact et curieux, d’une impartialité si courageuse, a adressé à ses électeurs un de ces discours où se montre la solidité de la pensée bien plus que la recherche du langage. Il n’est pas nécessaire qu’il y ait une académie chez nos voisins pour que les hommes d’état y cultivent les lettres avec amour : M. Disraeli, le leader des conservateurs dans les communes, imprimait au commencement de cette année, en le dédiant à lord Stanley, un curieux poème à peu près inédit, the Révolutionary Epic ; le chef du parti conservateur, lord Derby, va nous donner une traduction d’Homère en vers. Il y a quelque chose de curieusement bucolique dans cette idée des deux chefs d’un grand parti anglais publiant dans la même année chacun son poème. Pour achever le tableau, il faudrait parler de ces imitations des grands poètes italiens que M. Gladstone écrit à ses momens perdus, si par une réserve raffinée l’illustre chancelier