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XXIV


Non, le farouche honneur, non, la vertu sauvage
Sont les armes de fer et d’airain d’un autre âge ;
Rien qu’à les soulever, le nôtre s’est blessé
Avec ces lourds engins dont il n’a pas l’usage…
Ah ! révolutions, laissez, raide et glacé,
Sur le tombeau des temps dormir le vieux passé !

XXV


Et quant à l’avenir, cet éternel peut-être,
Ce hochet solennel enflé d’ombre et de vent,
Que le siècle qui meurt lègue au siècle suivant,
Cette Isis que jamais nul ne pourra connaître,
Fermons sur l’infini cette oblique fenêtre
Par où l’âme s’échappe et buissonne en rêvant.

XXVI


A-t-elle assez vécu, cette vieille utopie ?
A-t-il assez duré, ce travail d’Ixion ?
Que nous faut-il encor de désillusion
Pour savoir que l’espoir est une chose impie !
O Dieu ! pour l’affliger de cette passion,
Qu’a fait l’humanité ? qu’est-ce donc qu’elle expie ?

XXVII


Guérira-t-il enfin ce mal de l’avenir
Qui depuis six mille ans l’agite et la tourmente ?
Ce qu’elle s’est promis, qui pourra le tenir ?
Ithaque de l’azur fugitive et charmante !
L’époux est toujours là qui cherche et se lamente.
Quand finit son voyage, hélas ! s’il doit finir ?

XVIII


Être indéfinissable et douteux, âme humaine,
Où volent tes désirs inconnus et flottans ?
Où vas-tu ? d’où viens-tu ? que veux-tu ? qui te mène ?
Qui donc es-tu d’abord ? Réponds, si tu m’entends,
Voyageur éperdu de l’espace et du temps
Qui va dans l’infini comme sur ton domaine.