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de terrain, ils vivent et se multiplient toutes les fois qu’il pleut, et ils s’échappent en poussière endormie quand il fait beau, afin d’aller porter en tous lieux les semences fécondes de leur espèce.

Il nous reste à dire comment les kolpodes apparaissent, et comment M. Coste explique leur genèse prétendue spontanée. Il secoue sur une feuille de papier une poignée de foin ; il recueille la fine poussière qui s’en détache, la met dans l’eau et l’observe aussitôt. Il y reconnaît à l’instant des kystes de kolpode, qu’il ne quitte pas des yeux, et il ne tarde pas à les voir se réveiller, se mouvoir et se reproduire. Il y avait donc sur le foin, puisqu’on les découvre au milieu de la poussière qui en tombe, des kystes de kolpode, tout formés, séchés et conservés. Ils revivent aussitôt qu’on les mouille, c’est une faculté qu’on vient de constater ; mais ils ne se forment pas : c’est un réveil, non une naissance, un retour à la vie active après léthargie, ce n’est pas une génération spontanée. L’expérience est la même quand, au lieu de secouer les poussières, on fait macérer le foin dans l’eau. Les kystes restés sur les feuilles se remettent à nager, et voilà comment les observateurs inattentifs croient que les kolpodes dont ils n’ont pas vu les kystes ont été spontanément engendrés par la macération. On peut filtrer la liqueur sans rien changer aux résultats : les filtres, même superposés, livrent passage, M. Coste l’a constaté, aux kolpodes, à leurs œufs, aux bactéries, aux vibrions et aux monades. Si peu qu’il en passe d’ailleurs, ils se multiplient rapidement, parce qu’ils trouvent une abondante nourriture dans l’infusion, et comme cette population a besoin de respirer l’air, elle arrive à la surface, où elle forme bientôt une pellicule qui s’épaissit de jour en jour, un monde, un véritable lit d’infusoires, une table commune où les monades dévorent les bactéries, et où les kolpodes mangent les monades.

M. Pouchet interprète ces faits, qu’il a fort bien décrits, d’une manière toute différente. Il soutient que les kolpodes ne peuvent passer à travers les filtres, parce qu’ils sont plus gros que les pores du papier ne sont larges, ce qui est vrai ; mais ce raisonnement ne détruit pas le fait que M. Coste affirme, et qu’il explique en disant que les kolpodes gélatineux et mous s’amincissent et s’allongent pour franchir les pertuis. M. Pouchet admet que dans la liqueur filtrée il n’y a rien, ni œufs, ni spores, ni organes d’aucune sorte, mais qu’à la surface, au contact de l’air, la vie s’organise peu à peu, qu’il s’y forme une membrane proligère, que celle-ci engendre des œufs spontanés d’où sortent successivement les vibrions, les monades et les kolpodes. Il n’en donne à la vérité aucune preuve décisive, c’est une simple interprétation qu’il propose, et qu’il préfère à celle de M. Coste ; mais M. Coste tient à la sienne. Après avoir exposé les faits, je devrais peut-être, à titre de renseignemens,