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étaient arrêtées et recueillies par cet obstacle, tandis que les plus exiguës continuaient leur chemin sans s’y déposer. De même l’aéroscope recueillait toutes les grosses masses qui flottent dans l’atmosphère, celles qui ont été complaisamment décrites par M. Pouchet ; mais il laissait passer les spores et les œufs, qui sont beaucoup plus petits. Voilà pourquoi M. Pouchet ne les a jamais rencontrés, tandis que M. Pasteur les recueillait, les voyait, les montrait : comment l’aurait-il fait, s’ils n’eussent pas existé ?

Mais on peut opposer à M. Pouchet mieux que des critiques ; on peut lui opposer les récentes et remarquables études du docteur Lemaire et du professeur Gratiolet, Ces habiles expérimentateurs viennent de tenter avec succès la première analyse physiologique sérieuse de l’atmosphère. Ils puisent de l’air à un endroit quelconque qu’ils choisissent à volonté au moyen d’un instrument qu’on nomme aspirateur, et ils le font lentement passer par un tube très fin, en toutes petites bulles, à travers un peu d’eau où il se lave et où il abandonne les corps flottans, grossiers ou exigus, qu’il contenait. À cette méthode, dont l’efficacité et la simplicité sont évidentes, MM. Lemaire et Gratiolet ajoutent la suivante, plus ingénieuse encore, et qui est à la portée des moins habiles. Elle consiste à placer dans l’air, à l’endroit qu’on veut analyser, un vase fermé, rempli de glace, reposant dans une assiette propre. Le froid condense autour du vase l’humidité de l’air ; une abondante rosée tombe dans l’assiette, entraînant avec elle les poussières atmosphériques qui venaient toucher le vase refroidi. Or aucune des expériences ainsi faites ne s’est trouvée stérile. Dans tous les lieux analysés, on a fait une abondante récolte de spores et de germes d’infusoires. On en a trouvé dans les farines de toute espèce, dans les fécules, dans les alimens conservés, et jusque dans les médicamens pharmaceutiques. Depuis cinq ans, les hétérogénistes envoyaient à leurs adversaires ce défi, qu’ils croyaient victorieux : « Montrez-nous les germes de l’atmosphère. » Il est présumable qu’ils vont y renoncer.

Ainsi, on ne peut plus en douter, il y a des germes partout. On va maintenant essayer de prouver que toutes les fois qu’on les enlève ou qu’on les tue, on détruit en même temps la fertilité des infusions. Il y avait déjà sur ce point des expériences concluantes de Schultze et de Schwann. Mon dessein n’est pas de remonter si haut ; je me contenterai de dire comment M. Pasteur les a répétées et améliorées. Il verse dans plusieurs ballons pareils une égale quantité d’une même solution putrescible qu’il fait bouillir pendant quinze minutes. Cette ébullition produit un double effet : de détruire en les cuisant les germes qui se trouvaient dans le liquide ou dans les ballons, et de balayer par le courant de vapeur tout l’air intérieur. Pendant le refroidissement, on laisse rentrer dans les uns le gaz