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noircie ; il était évident que la plus grande partie, je ne dis pas la totalité, des corpuscules flottans s’y était déposée. On la mit digérer dans un mélange d’alcool et d’éther qui a la propriété de dissoudre le coton-poudre ; les poussières tombèrent au fond du vase, où elles furent recueillies, et M. Pasteur put les étudier au microscope. Il reconnut aussitôt qu’au milieu de fragmens grossiers et de grains de fécule se trouvaient un grand nombre de corps organisés arrondis qui, par le volume et l’aspect général, semblaient identiques aux spores des mucédinées ou aux œufs des infusoires, corps déjà reconnus et signalés par divers micrographes dans la poussière qui se dépose naturellement sur les surfaces polies exposées à l’air.

Bientôt M. Pouchet fit des recherches analogues par un procédé différent. L’instrument qu’il a inventé, et nommé aéroscope, se compose essentiellement d’un tube à pointe fine par laquelle on fait passer sous forme de jet l’air qu’on veut étudier. Reçu sur une plaque de verre enduite de matière visqueuse, ce jet dépose un petit tas d’ordures qu’on peut immédiatement porter sous le microscope. Or avec cet instrument M. Pouchet a recueilli beaucoup de fragmens de charbon, des débris inorganiques, des plumes, des poils de diverse couleur, des grains d’amidon, toutes choses sans importance, mais rien ou presque rien de ce qu’il cherchait, c’est-à-dire les spores ou les œufs des champignons ou des infusoires. Il a exécuté ses expériences en diverses contrées. « Il a, — c’est M. Joly qui parle, — examiné les poussières qui pénètrent dans les cavités respiratoires de l’homme et des animaux, celles que les siècles ont accumulées dans nos cathédrales gothiques, celles qui flottent dans l’air de nos salles de spectacle, de nos amphithéâtres, de nos hôpitaux. Il a traversé les mers, il a gravi les plus hautes montagnes ; son pied a foulé le cratère du Vésuve et de l’Etna ; il a pénétré dans les tombeaux des pharaons ; il a étudié leurs crânes poudreux et noircis par le temps… » Comment se fait-il que les recherches de M. Pouchet aient été si constamment négatives, et celles de M. Pasteur, qui n’est pas allé si loin, toujours fructueuses ? Je ne m’en étonne en aucune façon : le succès de l’un tient à son procédé d’investigation, qui est suffisant, l’insuccès de l’autre à son aéroscope, qui ne vaut rien. Un expérimentateur habile, le docteur Sales-Girons, a imaginé de répandre dans l’air, pour les faire respirer aux malades, des poussières impalpables d’eau minérale, et, voulant démontrer qu’elles pénètrent dans les ramifications profondes des bronches, il a essayé de les faire circuler dans des tubes de verre mouillés offrant des courbures brusques, de façon que le jet d’air chargé de ces poussières frappait à chaque courbure sur une paroi de verre, comme il le fait dans l’aéroscope de M. Pouchet. Or le docteur Sales-Girons a constaté que les grosses poussières