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et de reporter à Toulouse les adhésions ardentes d’une partie de la presse scientifique.

La tâche des panspermistes paraît plus laborieuse ; elle est incomparablement plus nette. Ils doivent démontrer qu’il y a des germes dans l’air, sur tous les corps qui y ont séjourné, dans toutes les solutions qu’on y a laissées, dans chaque pays, en tout lieu, partout et toujours. On exigera d’eux qu’ils montrent ces germes, qu’ils les sèment et qu’ils recueillent une moisson composée d’êtres semblables à ceux qui ont fourni la graine. Il faut enfin, pour compléter la démonstration, qu’ils puissent, en supprimant tous les germes, frapper de stérilité les solutions spontanément putrescibles. S’ils parviennent à remplir ce programme, il faudra bien se soumettre à la brutale autorité d’une démonstration irrévocable. On va voir bientôt jusqu’à quel degré de précision cette tâche a été accomplie. Dès l’abord, elle fut entreprise par M. Pasteur. Un maître autorisé, M. Coste, est venu lui apporter ensuite le secours de son talent. Nous pourrions compter également MM. Milne Edwards et Chevreul, et il serait facile d’augmenter la liste des savans qui ont adopté cette seconde opinion. En résumé, les faits étaient admis sans contestation, la question bien posée, les dissentimens nettement formulés. Dans les deux camps se rencontraient des talens élevés, une conscience égale, un même respect pour les personnes et, sans exclure la vivacité, une même courtoisie dans la lutte. C’est dans ces conditions que la bataille s’engagea devant un public intéressé et curieux.


II

Le premier coup fut tiré par M. Pasteur au mois de février 1860. Voici comment. L’atmosphère n’est jamais pure, elle est toujours salie par une multitude de corpuscules exigus que la résistance de l’air empêche de tomber et qui se déplacent dans tous les sens, au moindre souffle. On en trouve immédiatement la preuve en introduisant un rayon de soleil dans une chambre obscure. Éclairées vivement sur le passage de la lumière, les poussières deviennent visibles ; elles sont innombrables, toujours en mouvement, et pénètrent partout. S’il y a des germes dans l’atmosphère, il est certain qu’ils font partie de ce monde flottant, et qu’on les recueillerait en filtrant l’air à travers des obstacles assez enchevêtrés et assez multipliés pour arrêter et conserver les spores elles-mêmes. Pour exécuter ce projet, M. Pasteur faisait passer plusieurs mètres cubes d’air à travers un tube étroit où il avait préalablement introduit une longue bourre d’amiante ou de ouate, ou mieux encore de poudre-coton. Après l’expérience, la bourre était manifestement