Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 54.djvu/422

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


par le gouvernement, et à quelques exceptions près, hélas ! ils ont tous succombé.

Avec un précédent comme celui-là, voyez quelle est la situation du député élu en vertu de la candidature officielle. Si, obéissant aux inspirations de sa conscience, il vote dans certains cas contre le gouvernement, il court le risque de perdre la candidature officielle, et partant de ne plus être réélu ; si, au contraire, il vote avec le gouvernement, il est suspect de complaisance, alors même qu’il peut avoir agi dans toute l’indépendance de sa conviction. C’est là une situation très grave et qui est en contradiction avec l’esprit même de la constitution. En effet, du moment que la constitution appelle un corps législatif, qu’elle lui donne mission de contrôler les actes du gouvernement, c’est qu’elle suppose apparemment que le gouvernement a besoin de contrôle, et ce contrôle peut-il être suffisant lorsque c’est le contrôlé lui-même qui présente le contrôlant, et qui le présente de telle façon, avec de tels moyens d’action, que la présentation équivaut presque toujours à la nomination ? Il est par trop évident qu’une chambre dont la majorité est ainsi élue ne peut pas avoir la même influence que celle qui serait l’expression du choix spontané des électeurs.

Maintenant au point de vue des garanties dont un pays a besoin, il y a quelque chose encore de plus grave que la candidature officielle : c’est le régime actuel de la presse. Non-seulement il n’existe de journaux que ceux que le gouvernement autorise, ce qui dans une société assise sur le principe de l’égalité est déjà une assez grave anomalie, mais ceux qui existent, il peut demain les suspendre, les supprimer, sans autre forme de procès qu’un arrêté ministériel pour la suspension et un décret au Moniteur pour la suppression ; l’avertissement préalable n’est pas même nécessaire. Si on le donne comme nous le voyons donner, hélas ! trop souvent, c’est pour prévenir le journal qui en est l’objet que la voie qu’il suit est une voie de perdition, et qu’il ait à en changer, s’il veut conserver son existence. Qu’en résulte-t-il ? Que le gouvernement est à peu près le maître d’imprimer à la presse la direction qui lui convient, et qu’il peut, par son influence à certains momens, faire croire à un mouvement d’opinion différent de celui qui existe en réalité ; nous ne disons pas qu’il use de ce pouvoir, mais il le possède, et cela est de trop pour le contrôle que l’opinion publique devrait exercer sur ses actes, cela est de trop aussi pour l’effet produit en Europe. Nous lisons le Times ou tout autre journal étranger ; si ce n’est pas un journal officiel, nous n’avons pas l’idée d’y voir l’opinion du gouvernement du pays auquel le journal appartient. En France au contraire, tout ce qui se publie en fait de journaux porte