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centaines de mille d’ouvriers travaillant à peine deux jours par semaine, au point qu’il a fallu leur venir en aide et que de nombreux millions ont été versés à cet effet par la charité publique. Eh bien ! malgré cette crise des plus graves, malgré les souscriptions qui ont diminué les ressources disponibles de chacun, la prospérité de l’Angleterre est assise sur de telles bases qu’elle n’a pas cessé de s’accroître et de donner des excédans de recettes, comme l’a démontré M. Gladstone lors de la présentation de son dernier budget. Cette crise a été beaucoup moindre en France à cause du peu d’importance relative de notre industrie cotonnière à côté de celle de l’Angleterre, et les secours fournis par divers moyens pour venir en aide aux ouvriers sans travail n’ont pas dépassé une douzaine de millions ; cependant nous n’oserions pas affirmer que le progrès de la richesse publique n’en a pas été atteint, et ce qui tendrait à prouver qu’il l’a été, c’est la diminution relative des revenus indirects. Ces revenus déjà en 1863 n’ont pas atteint les prévisions qu’on avait établies pour 1864. Croit-on que si nous avions eu à notre disposition les 500 millions de revenu de plus dont je parlais tout à l’heure, la crise n’aurait pas été plus facilement traversée ?

La France est très riche assurément, ses ressources grandissent chaque année ; cependant il importe de ne pas se faire d’illusions sur le fonds de cette richesse. Celle qui s’est surtout développée depuis un certain nombre d’années, et qui joue aujourd’hui dans les phénomènes économiques des nations un rôle qu’elle ne jouait pas autrefois, c’est la richesse mobilière. Or cette richesse est très sensible : si à certains momens, douée comme elle l’est d’une grande élasticité, elle peut se développer énormément, à certains autres, placée sous une mauvaise influence, elle peut s’arrêter tout à coup et même diminuer. Nous avons vu ce qu’elle est devenue en 1848 : les revenus indirects, qui avaient été de plus de 800 millions en 1847, sont descendus tout à coup l’année suivante à près de 650. Supposez une guerre générale, le cas n’est pas absolument impossible, surtout si on laisse les nuages s’amonceler ainsi de plus en plus sur nos têtes, supposez une guerre générale où le commerce soit atteint, immédiatement les revenus indirects diminuent, et la diminution sera en raison de la progression, c’est-à-dire que ces revenus baisseront non pas de 150 millions, comme en 1848, mais peut-être de 3 à 400 millions, laissant un déficit de pareille somme dans notre budget, et peut-être d’une somme supérieure, car dans ces momens calamiteux les besoins augmentent en même temps que les ressources diminuent ; comment fera-t-on pour répondre à ces besoins et couvrir les déficits ? Pourra-t-on toujours faire appel au crédit ?

Le ministre des finances, M. Fould, nous a dit, dans le fameux