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sur les matières premières et sur les objets de grande consommation ont imprimé un tel essor à la consommation et par suite au progrès de la richesse publique, que les revenus indirects arrivent aujourd’hui au chiffre qu’ils avaient atteint en 1842, au moment où commençait la fameuse réforme de Robert Peel, et cependant la diminution de droits de toute nature qui a eu lieu depuis cette époque peut être évaluée à près de 500 millions de francs.

Rien n’est plus curieux à étudier pour un financier et pour un économiste qu’un pareil résultat ; il prouve que ce n’est pas toujours en augmentant les impôts qu’on arrive à leur faire produire davantage. Ainsi voilà un pays qui en vingt ans a réduit les impôts de près de 500 millions de francs, et qui regagne cette même somme par la plus-value de la richesse publique. Supposons qu’il s’arrête quelques années dans la voie du dégrèvement où il est entré avec tant de résolution, et bientôt il aura regagné beaucoup plus qu’il n’a perdu ; mais il ne s’arrêtera pas : il a trouvé la voie si féconde qu’au moment même où pour des besoins extraordinaires, comme les fortifications, il était obligé de recourir à son expédient financier par excellence, c’est-à-dire l’élévation de l’income tax, il cherchait dans d’autres, dégrèvemens le moyen de compenser cette augmentation afin de ne pas arrêter le progrès de la richesse publique. Et M. Gladstone nous apprend, dans son dernier exposé, que sur les 6,668,000 livres sterling de dégrèvemens opérés par lui depuis 1860, ; indépendamment de ceux qui ont été votés pour l’année courante, 5 millions ont déjà été regagnés par la plus-value de la richesse publique.

Chez nous, hélas ! les procédés ne sont pas les mêmes, ni les résultats non plus. Réduire les impôts pour arriver à leur faire produire davantage, c’est semer, pour moissonner ; mais pour semer il faut avoir des avances, des excédans disponibles. Or depuis longtemps nous n’avons plus d’avances ; tous nos budgets se soldent en déficit, et nous sommes toujours pressés de chercher des ressources extraordinaires que nous demandons généralement à l’emprunt, car l’emprunt, lorsqu’on a du crédit, c’est ce qu’il y a de plus facile à réaliser, ce qui pèse le moins sur le temps présent, dont se préoccupent surtout les gouvernemens nécessiteux. Depuis douze ans, nous avons emprunté sous diverses formes environ 3 milliards et demi ; mais ces emprunts ont augmenté la dette publique, et comme les dépenses n’ont pas diminué, qu’elles ont continué à s’élever au contraire dans une proportion plus forte que la plus-value des impôts indirects, qui cependant a été considérable, il a bien fallu, lorsqu’on a voulu faire une tentative sérieuse d’équilibre, augmenter les impôts. On les a donc augmentés, comme, je l’ai dit, de 74 millions en 1862, sans que cette augmentation ait produit le résultat qu’on attendait. Déjà