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chapelle d’un pied de haut à peu près, toute en or ouvragé, avec Nuestra Señora et le Niño (la Madone et l’enfant Jésus) en ivoire revêtu d’or. La couronne de la Vierge était en diamans, et à ses pieds brillait un jardinet de petites plantes en filigrane d’or dont les fleurs étaient de perles et de calcédoines.

Toutes ces richesses se trouvaient dans le grand coffre de fer. José jeta un regard inquiet sur les tercios ; ils paraissaient intacts : un seul, dont l’humidité du terrain avait fendu le cuir, avait laissé échapper quelques piastres, celles que le viscacho avait poussées au dehors en travaillant à son terrier. Le soupçon qui avait traversé un instant l’esprit du jeune homme en pensant au mystère que Carmen avait fait de sa découverte tomba lorsqu’il se fut assuré que bien peu de chose en réalité paraissait manquer à ces richesses si longtemps enfouies. Il ne savait pas que la veille du jour où il avait surpris Carmen creusant dans le terrier, celle-ci en avait retiré déjà un sac plein d’onces d’or et l’avait caché dans la clairière du bois de Takourou. C’était plus qu’il n’en fallait pour contenter la cupidité des caciques et les décider à l’attaque prochaine de l’estancia de Santa-Rosa.


V

Au moment où la charrette qui portait les trésors, entourée de don Estevan et de sa famille, s’arrêtait à la porte de l’estancia, d’autres personnes y arrivaient. C’étaient don Aniceto Cabral et ses fils. À leur vue, Mercedes devint très pâle, Dolores sourit et rougit, et un nuage sombre passa sur le front de José. Sir Henri perça d’un coup d’œil le mystère qui enveloppait toute cette scène. Les deux Cabral s’inclinèrent respectueusement devant les jeunes filles, tandis que, don Aniceto leur baisait la main. Gonzalès, après les premiers complimens de bienvenue, raconta brièvement à son ami la découverte qu’il venait de faire des trésors déjà légendaires de Santa-Rosa, et comme il rendait témoignage au loyal dévouement de José, il se retourna pour le présenter à don Aniceto ; mais le jeune homme avait disparu.

Le soir de ce même jour, don Estevan l’appela dans sa chambre, et lui remettant un pli cacheté : — Grâce à toi, dit-il, je suis rentré en possession de la fortune de mes oncles, mais j’ai décidé que tu en aurais ta part. Ceci, dit-il en montrant le papier, est une donation en bonne forme que je te fais de mon estancia du Romero. Elle est parfaitement située, riche en bons pâturages, en eau, en ombrages, et possède déjà de cinq à six mille têtes de bétail. L’habitation