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capitulèrent enfin, et on discuta les conditions sous lesquelles ils pouvaient rentrer au sein de l’église romaine. L’usage voulait qu’en pareil cas les conditions fussent exprimées dans un symbole de foi ou formulaire que les vaincus signaient et prêtaient serment d’observer. La rédaction en fut confiée au secrétaire du concile, et la discussion de son formulaire donna lieu à un incident resté doublement fameux comme exemple des fraudes théologiques, et comme preuve de la haine acharnée dont quelques hommes poursuivirent Jérôme.

Le symbole proposé, conforme en ce point à ceux qui nous sont venus de l’église primitive, contenait les principaux articles de la foi catholique développés dans le sens des idées que le concile voulait faire prévaloir. À l’article de l’incarnation, et parmi les qualifications appliquées au sauveur du monde, le rédacteur employait celle d’homme du Seigneur, Dominicus homo. Les apollinaristes se récrièrent à cette expression, qui ne se trouvait, disaient-ils, dans aucun docteur faisant autorité. Jérôme répondit qu’Athanase, l’oracle du concile de Nicée, s’en était servi dans un de ses livres, et qu’il avait ce livre ; les apollinaristes en réclamèrent la production, et quand ils l’eurent entre les mains, ils demandèrent du temps pour le lire et se concerter ensuite. Quelques jours après, ils le rendirent, et, la question ayant été remise en délibération, le livre fut une seconde fois produit. On l’examina, et on reconnut que les mots homme du Seigneur, Anthrôpos kyriacos, s’y trouvaient bien, mais en surcharge sur des mots grattés. Il y eut à cette vue un cri général dans le concile. Était-ce une falsification ou une simple correction ? Qui avait fait disparaître les premiers mots et tracé les seconds ? Étaient-ce les apollinaristes, ou Jérôme, ou le scribe de qui émanait l’exemplaire ? Les hérétiques semblaient accuser Jérôme, tandis que la majorité du concile entrevoyait dans cet acte une de leurs fraudes pour traîner en longueur leur soumission, déprécier un formulaire qu’ils n’acceptaient qu’à regret, et affaiblir l’autorité d’un homme qui avait contribué à les vaincre. Il n’y avait d’ailleurs aucune surprise de doctrine dans cette expression, employée quelquefois en Occident et en Orient, et par Apollinaris lui-même, ainsi qu’il était notoire. Quelle apparence que Jérôme, secrétaire d’un concile, eût osé commettre une falsification que la représentation d’un autre exemplaire du même livre suffisait à dévoiler ? Il y aurait eu de sa part plus qu’une imposture, il y aurait eu véritable folie, surtout si l’on songe que les mots incriminés n’avaient rien d’étrange, rien de nouveau, et que, s’ils n’étaient pas précisément canoniques, ils n’étaient pas non plus contraires à la foi de Nicée. L’incident tomba donc sous la conviction générale qu’il n’y avait pas