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présidait Mlle Legras, nièce du garde des sceaux de Marillac, déclarait que toutes les ressources de l’institution ne dépassaient pas 1,200 livres de rente. Le département de la Seine y consacre aujourd’hui plus de 2 millions 1/2, et les autres départemens 7 ou 8. Sur 10 enfans abandonnés, 9 mouraient il y a deux siècles. Dans la première année qui suit l’admission, la mortalité à l’hospice n’est plus que de 50 pour 100, et pour les enfans conservés par leurs mères, moyennant un secours, elle descend à 29 ; de un à douze ans, elle ne frappe plus qu’un enfant sur 10. Du temps de saint Vincent de Paul, l’enfant coûtait 30 livres par an, en 1792 75 fr., et 86 de 1824 à 1833 ; en 1858, la moyenne des dépenses pour tout l’empire était déjà de 114 fr. 74 cent. Cet accroissement de dépenses par enfant coïncide avec une diminution dans le nombre des enfans assistés et avec une augmentation du revenu des établissemens hospitaliers. La masse de ces revenus en 1789 était évaluée à 28 millions. En 1815, un rapport de M. Laîné la porte à 33 millions, y compris 9 millions d’allocations communales sur les octrois. En 1858, elle s’élève à 73,700,000 fr. La prospérité toujours croissante des établissemens hospitaliers, qui peut être invoquée contre les détracteurs de la société moderne, a permis de diminuer les allocations départementales et communales en ce qui regarde particulièrement le service des enfans trouvés, sauf, il est vrai, dans le département de la Seine, où les sacrifices vont en augmentant. Il y a deux siècles enfin, les enfans confiés à des nourrices mercenaires étaient vendus par elles au prix courant de 20 sous par tête. Aujourd’hui il est vrai cet abominable trafic n’est pas encore entièrement aboli, et la location des petits enfans sert toujours à exciter la pitié des passans, puisque chacun de nous a pu remarquer, à quelque porte d’église ou dans quelque coin de rue, les mêmes femmes, pendant un certain nombre d’années, portant constamment dans leurs bras un enfant nouveau-né qui ne peut être le leur ; mais à part cet abus, dont la police ne saurait, à ce qu’il semble, empêcher le renouvellement, tous les enfans, on peut le dire, sont recueillis, et après leur adoption ils reçoivent des soins toujours égaux et quelquefois supérieurs à ceux qu’ils trouveraient dans leurs familles au point de vue de l’hygiène, de l’instruction et de la moralité. Dans cette population moyenne de 135,000 pupilles de un à vingt ans, sur lesquels l’assistance publique exerce sa tutelle pour toute la France, la mort, l’ignorance et le vice ne recrutent pas plus de victimes que dans le reste de la population. Enfin, une fois devenus majeurs, en possession d’eux-mêmes, ces fils adoptifs de la charité publique se maintiennent dans la société au même niveau que ceux dont l’enfance a reçu les soins de la famille. Que d’efforts, que de sacrifices,