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Quand on s’adresse directement à l’hospice, la personne qui amène l’enfant est introduite dans le bureau d’admission où l’on consigne ses réponses à une série de questions sur le nom, le lieu de la naissance de l’enfant abandonné, sur les parens qui l’abandonnent. L’enfant est toujours reçu à titre provisoire et immédiatement porté à la crèche ou conduit à la salle d’asile, suivant son âge. Le directeur envoie aussitôt tous les renseignemens obtenus à l’administration centrale de l’assistance publique, qui prononce sur la réception définitive et fait connaître sa décision dans le plus bref délai. Pendant l’intervalle, la police a le temps de rechercher les causes d’un abandon qui semblerait fait dans des circonstances exceptionnelles. On peut s’assurer ainsi que l’enfant ne doit pas être renvoyé à un autre hospice, auquel il appartiendrait naturellement par son origine. Le bureau d’admission fonctionne de six heures du matin à minuit. Le tour reste accessible pendant la nuit ; mais pour le faire ouvrir il faut sonner à la porte de l’établissement. Aussitôt un agent se présente et demande à la personne qui réclame l’accès du tour des renseignemens sur son identité. Depuis deux ans, le tour ne s’est pas ouvert. En général, les indications données au bureau paraissent sincères : les enfans sont la plupart du temps le fruit d’unions illicites, et la misère plus encore que l’inconduite en détermine l’abandon. Les demandes faites lors de l’admission n’ont point un caractère d’investigation bien stricte. L’acte de naissance, qui doit mentionner le nom de la mère, ne l’oblige pas à reconnaître l’enfant : il faut qu’un acte spécial signé de sa main vienne confirmer ou rectifier l’acte de naissance. La reconnaissance est conseillée pour l’admission définitive, mais non exigée, comme lorsqu’il s’agit d’accorder des secours aux mères pauvres qui gardent leurs enfans.

Si ce mode d’admission donne lieu encore à quelques reproches, on doit constater que, grâce surtout à la facilité de connaître pendant de longues années le sort de chacun des enfans reçus à l’hospice, il est bien fait pour diminuer le nombre des infanticides ou des expositions. Il suffit de passer quelques heures à l’entrée de la maison de la rue d’Enfer, dans le vestibule qui précède le bureau de réception, pour se convaincre que la plupart des mères qui apportent leurs enfans ne s’y présentent plus avec cette impudeur effrontée qui est un dernier outrage au devoir méconnu, ou avec cette douleur qui proteste contre l’impuissance de la charité sociale. Elles ont plutôt l’air de se résigner à une séparation momentanée et de confier leur enfant à la bienfaisance sociale, avec l’espoir fondé de le reprendre plus tard. Le vrai caractère de cet acte est en général un dépôt, non un abandon, et c’est avec justice qu’on a substitué