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l’enquête de 1860 rapproche ces chiffres de ceux de l’année 1828, où les mêmes dépenses atteignaient 9,794,000 fr., mais s’appliquaient à 112,730 enfans, tandis qu’en 1858 80,894 enfans seulement ont été assistés. Il n’est pas besoin de faire ressortir tout ce que la comparaison de ces chiffres constate d’améliorations obtenues dans le sort de chacun de ces enfans. Augmentation des mois de nourrice, layettes et vêtemens plus complets, tarifs plus élevés accordés aux familles nourricières, trousseaux plus souvent renouvelés, sommes payées pour l’instruction, le culte et l’apprentissage, subventions aux colonies agricoles, tout est contenu dans cet ensemble de dépenses appliquées à 80,000 enfans au lieu de l’être à 113,000. En 1828, la dépense moyenne à l’hospice et hors de l’hospice représentait 86 francs 88 centimes par enfant, et en 1858 114 francs 74 centimes. Ce second résultat ne doit pas sembler moins satisfaisant que celui de la diminution du nombre des enfans. Il en est un troisième plus précieux encore, l’abaissement de la mortalité parmi les enfans assistés.

Ce n’est qu’à dater de la restauration qu’on possède des renseignemens exacts sur la mortalité des enfans. De 1815 à 1817, elle avait été à Paris de 75 pour 100. Vingt ans plus tard, M. de Gasparin la portait pour toute la France à 58,80 pour 100 ; mais à ces deux époques on n’avait point distingué dans les calculs la mortalité des enfans dans la première année de leur admission à l’hospice de la mortalité des enfans de un à douze ans. Pour cette dernière catégorie, tandis qu’elle était, de 1815 à 1825, de 14,51 pour 100, elle est tombée, de 1846 à 1855, à 10,05 pour 100. Quant aux enfans de la première année reçus dans les hospices, la mortalité était en 1850 de 56,99 sur 100. Les circonstances de l’abandon ou du dépôt, la nécessité fréquente de l’allaitement artificiel, l’agglomération à l’hospice, expliquent ce développement de la mortalité parmi les enfans de la première année. Un seul remède efficace a été trouvé, celui du secours aux mères. Dès que ce mode d’assistance a été employé, les plus heureux effets ont été produits, et l’enquête a établi que partout où le secours avait été accordé, c’est-à-dire dans 71 départemens en 1858, la mortalité pour les enfans de moins d’un an conservés par leurs mères ne dépassait pas 29 pour 100. Cette mesure, recommandée en 1840 par le ministre de l’intérieur, ne fut tout d’abord adoptée que par 7 départemens ; en 1848, 53 y avaient donné leur adhésion ; elle est à peu près généralement appliquée aujourd’hui, mais elle varie quant à la durée et à la quotité des sommes accordées. En général, elle ne s’étend guère au-delà de la quatrième année : en 1858, l’enquête a établi que le taux moyen des secours mensuels était de 7 fr. 26 cent, pour la première année,