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un simple objet de spéculation. On les vendait 20 sous à des misérables qui s’en servaient pour exciter la pitié des passans. L’excès du mal devait provoquer le remède. Une de ces âmes qu’emplit la pure charité chrétienne, saint Vincent de Paul, rentrant dans Paris, trouve sous les murs de la ville un mendiant occupé à déformer les membres d’un enfant ; il s’empare de la victime, assemble la foule, court à la rue Saint-Landry, prend douze de ces pauvres créatures et déclare qu’il les adopte. Telle est, dans son humble grandeur, l’œuvre à son origine. Désormais le sort des enfans trouvés va éveiller la sollicitude privée et publique d’une manière suivie et régulière. À la Maison de la Couche, située rue Neuve-Notre-Dame, qui existait à la fin du règne de Louis XIII, au refuge de la rue Saint-Landry, près de Saint-Victor, auquel Vincent de Paul arracha ses douze premiers fils d’adoption, fut substitué l’hospice des Enfans-Trouvés, créé à l’aide de la charité particulière et de la munificence royale. Ce nouvel établissement, uni à l’Hôpital-Général et pourvu d’une dotation suffisante, fut construit rue du Faubourg-Saint-Antoine ; les actes d’acquisition sont datés du 23 mars 1688 et du 14 février 1692. À côté du nouvel hospice des Enfans-Trouvés subsista quelque temps encore celui des Enfans-Rouges ou Orphelins, fondé par François Ier ; ils furent réunis en 1772, et les biens et les charges devinrent communs. Les provinces suivirent l’exemple de Paris, et tandis que dans la capitale le nombre des enfans recueillis s’élevait déjà en 1770 à près de 7,000, les calculs de M. Necker, en 1784, le portaient pour toute la France à 40,000. Aussi la progression constante des abandons lui faisait-elle dire « que de tous les établissemens dus à l’esprit d’humanité, les maisons destinées à servir d’asile aux enfans abandonnés étaient ceux dont l’utilité était le plus mêlée d’inconvéniens. »

Le 10 décembre 1790, l’assemblée nationale supprima pour les seigneurs, avec les droits de justice, l’obligation de nourrir les enfans trouvés ; elle en reporta la charge à l’état, et, sur le rapport du duc de La Rochefoucauld-Liancourt, vota un projet de décret qui ordonnait aux officiers municipaux de pourvoir à la nourriture des enfans abandonnés. L’assemblée croyait, il est vrai, ne pas leur imposer une lourde charge. Elle avait supposé que les enfans deviendraient les fils d’adoption de la charité privée. Elle décrétait la bienfaisance comme la convention décréta plus tard la victoire. Un titre spécial de la loi était consacré à l’organisation d’une mesure qui devait « introduire un nouveau commerce de bienfaisance entre les hommes, à savoir l’adoption des enfans trouvés par des citoyens généreux. » La constitution de 1791 posa le principe d’un établissement général pour l’éducation des enfans trouvés, et la loi du