Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 54.djvu/145

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



S’il est une question à laquelle ces remarques soient applicables, c’est assurément celle de l’assistance publique ; aucune n’a servi de thème plus complaisant aux défenseurs à outrance de l’action gouvernementale exclusive ou de l’indépendance absolue non-seulement des localités, départemens et communes, mais encore des associations libres et même des individus. La charité officielle, la charité religieuse et laïque, ont tour à tour prévalu dans les doctrines, dans les livres et jusque dans les lois. Aujourd’hui nous ne dirons pas que nulle question ne donne lieu à moins d’efforts pratiques, c’est le contraire qui est vrai ; mais aucune n’alimente moins la discussion de chaque jour. Il faut même reconnaître que le mot charité sonne mal à beaucoup d’oreilles délicates, et que le mode d’assistance est en voie de se transformer. Au lieu du secours passivement reçu et généreusement donné, on cherche à établir entre les riches et les nécessiteux une sorte de coopération fraternelle et ce qu’on pourrait appeler la commandite du travail. C’est par l’organisation rationnelle du crédit populaire qu’on voudrait résoudre le problème, non de l’extinction, mais de l’adoucissement de la misère. Cette transformation de la question religieuse et philosophique de l’assistance en une question financière n’est pas un des moins curieux symptômes de l’esprit moderne ; elle caractérise bien, par la condamnation prononcée contre l’aumône en général et par l’appel fait à l’énergie personnelle, le besoin du rehaussement de l’individu, si vif et si altier dans notre population. C’est sur ce mâle sentiment de la dignité humaine que repose le culte jaloux qu’elle professe pour l’égalité civile : c’est encore sur lui qu’il faut compter pour obtenir toutes les conditions de la liberté et de l’égalité politique. À cet égard, les conquêtes récentes que l’esprit libéral a faites sur le terrain des intérêts économiques, industriels et commerciaux, où domine la force matérielle, sont un sûr garant que le même esprit ne-tardera pas à reconquérir tout ce qu’il a perdu dans le domaine de la politique et les sphères élevées de l’intelligence.

Du vaste sujet de l’assistance publique nous ne voulons aujourd’hui détacher qu’un chapitre, celui qui s’adresse à l’enfance et qui s’occupe spécialement de ces êtres abandonnés qui seraient voués à une mort certaine, s’ils n’étaient recueillis par la vigilance du pouvoir social ou par les soins pieux de la charité privée. Un intérêt particulier s’attache à ce sujet. Le service des enfans trouvés a passé, lui surtout, par des phases très diverses de faveur publique et de découragement ; il a été tantôt inscrit dans les dépenses du pays comme un bienfait ou le prix d’un glorieux devoir, tantôt discuté comme une charge accablante et dissimulé comme une honte ; il a subi la tyrannie des systèmes les plus contraires ; il est spécialement