Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 54.djvu/1036

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


aux grands intérêts qui avaient à cette époque la prépondérance dans la société anglaise. Ces intérêts étaient ceux d’une aristocratie qui voulait prendre part au gouvernement et d’une classe moyenne qui aspirait à conquérir, elle aussi, progressivement l’influence politique. S’ils n’avaient servi qu’un seul de ces intérêts, s’ils ne les avaient point satisfaits tous les deux, M. Duveyrier reconnaît et déclare que Guillaume et les George n’eussent point fondé la succession protestante. Armé de cette expérience, il se retourne vers la France présente. Là il voit, en face d’une dynastie à fonder, d’une part les élémens indépendans de la société, ceux qui existent par eux-mêmes et n’ont point besoin de la tutelle gouvernementale, — c’est ce qu’il appelle la bourgeoisie, — d’un autre côté les masses populaires, comprenant, suivant sa définition, tous ceux qui, n’ayant point l’indépendance de l’existence assurée, peuvent avoir besoin à un titre quelconque du patronage gouvernemental. Pour que la dynastie des Bonaparte réussisse à se fonder, il faut, selon M. Duveyrier, qu’elle donne à la bourgeoisie et au peuple ce qu’ils demandent, à la bourgeoisie la liberté politique, la liberté de la presse et les libertés parlementaires, au peuple le progrès et ses garanties, qui sont la gratuité de l’instruction et le crédit personnel. Il y aurait beaucoup à discuter sur le système d’organisation du progrès populaire ébauché par M. Duveyrier, de même que sur l’organisation des institutions libérales. Quelques controverses que puissent soulever les questions de détail, les conclusions générales de M. Duveyrier nous paraissent incontestables. Un pouvoir doué d’avenir ne peut point éluder ou ajourner indéfiniment les problèmes fondamentaux que la société lui présente. Sans admettre les distinctions de classes, il est hors de doute que le génie, l’honneur, la sécurité de la France. veulent que nous rentrions dans la tradition libérale, il est hors de doute qu’il faut travailler à conformer l’ensemble de nos institutions politiques et l’organisation de notre mouvement social aux principes du suffrage universel. La tâche est là devant nous ; elle nous attend, elle nous sollicite, elle nous presse. Aux temporisateurs paresseux ou aveugles qui disent : Que la dynastie soit fondée, et nous couronnerons l’édifice ! M. Duveyrier répond avec une logique qui ne manque point de hardiesse par le temps qui court : Je renverse vos termes ; commencez par couronner l’édifice, il en est temps, et à cette condition la dynastie est fondée.

Voilà, en raccourci, ce que M. Duveyrier nous apprend sur l’avenir. On remarquera, nous le répétons, que M. Duveyrier parle en ami sincère de l’établissement dynastique. Quand nous regardons ce qui se passe au moment où paraît son livre, nous avons peur que l’auteur de l’Avenir et les Bonaparte ait émis des vœux et non exprimé des prédictions certaines. Le procès des treize ne montre guère que l’on soit, prêt à écouter ses conseils d’ami. M. Ch. Duveyrier a écrit autrefois des comédies ; nous craignons fort qu’il ne soit congédié avec une réplique de comédie, avec le mot d’Isidore