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le dessin proprement dit ; à l’autre ce qu’il y a de plus variable et de moins absolu, de plus insaisissable et de moins didactique. Si l’état ou ses représentans s’étaient une fois engagés à professer la couleur, où se seraient-ils arrêtés ? A quelles lois, à quelles règles auraient-ils pu se rattacher ? A moins de créer autant de cours qu’il y a d’interprétations possibles de la manifestation colorée des objets, l’enseignement restait au-dessous de sa tâche ; il devenait forcément exclusif et mesquin. De là cette abstention prudente en matière de peinture et l’abandon complet de cette branche de l’art à l’enseignement particulier.

Ce n’était donc pas dédain, c’était en quelque sorte plutôt incompétence. Jamais l’école n’a tenu pour secondaire, subordonné, indigne de ses soins, cet art de peindre, ce grand mystère, qui, lui aussi, ne livre ses secrets qu’à des génies privilégiés : elle a cru seulement qu’un art tout de sentiment, qu’il faut deviner plutôt qu’apprendre, ce n’était à elle d’en révéler ni les difficultés, ni les ressources, ni les variétés infinies, qu’il y fallait l’exemple continu, les assidus conseils, l’intimité d’un maître, que c’était en un mot presque affaire de famille. L’état, à la rigueur, peut faire des dessinateurs ; il faut pour former des peintres un intérieur, une famille, et la famille de l’artiste, c’est le libre atelier.

Les seuls cours de peinture admissibles à l’École des Beaux-Arts seraient des cours théoriques, des cours d’enseignement supérieur, n’apprenant aux élèves ni le maniement de la brosse, ni les autres pratiques du métier, mais dirigeant leur pensée sur de hautes questions d’histoire ou de science. Tel serait, par exemple, ce cours de peinture comparée, où tous les divers procédés dont se sont servis les grands maîtres, tous les secrets des illustres palettes, seraient mis en regard, cours que semblait promettre le rapport de M. le surintendant des beaux-arts et que le décret ne donne pas, faute probablement d’un professeur assez hardi pour se charger d’une telle entreprise. Ce ne serait pas non plus une chaire inutile que celle où seraient exposées, en vulgarisant la science au profit de l’art, toutes les découvertes de la physique et de la chimie moderne spécialement applicables à la peinture, et notamment les merveilleux secrets et des affinités et des répulsions des couleurs. Enfin on aimerait encore que la voix d’un professeur s’élevât dans cette école pour rappeler les principes et pour tracer l’histoire de ce grand art de la composition pittoresque, l’honneur constant, la gloire traditionnelle de nos maîtres français. Tous ces cours, notez bien, seraient sans vertu peut-être pour faire éclore des peintres, mais ils satisferaient d’utiles curiosités, répandraient des idées, élargiraient le cercle des études, ennobliraient l’école, et relèveraient à leurs propres