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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/897

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Depuis les élections de la fin de 1862, la scission entre les war démocrats et les copperheads est devenue plus profonde. Des propositions d’arrangement, ayant été faites en secret par quelques meneurs démocratiques aux principaux personnages du gouvernement confédéré, n’y reçurent qu’un accueil dédaigneux. La grande majorité des démocrates se trouva ainsi rejetée dans le parti de la guerre, et les démocrates pacifiques, réduits à l’impuissance, usèrent en vain leurs efforts dans d’obscures intrigues et de coupables trahisons. Un moment cependant, ils purent se croire près du triomphe. Après la sanglante bataille de Chancellorsville, Lee avait passé le Potomac; son armée, enhardie par le succès, menaçait à la fois Washington, Baltimore, Philadelphie. On sait aujourd’hui que les principaux meneurs des copperheads étaient dans le secret de cet audacieux mouvement. Voici quel était le programme préparé par les chefs de la sécession et par leurs amis du nord : Lee devait passer le Potomac, battre Hooker, démoralisé par les échecs qu’il avait subis; une insurrection éclatait alors à Washington, à Baltimore et à New-York. M. Lincoln, M. Seward, tous les membres du cabinet étaient jetés en prison. L’insurrection victorieuse appelait Lee, qui entrait en maître à la Maison-Blanche, et refaisait l’Union au profit du sud et de l’esclavage. Voilà le programme qui fut tracé au lendemain des batailles de Fredericksburg et de Chancellorsville. M. Davis, même en cas de nouveaux succès, n’eût pas sans doute tenté de l’accomplir jusqu’au bout, et n’eût probablement pas nourri la folle espérance de reconstruire l’Union à son profit; mais il laissa croire à ses alliés du nord que telle était son intention pour obtenir leur concours, pour provoquer des troubles dans les grandes villes où le parti démocratique recrute ses adhérens les plus nombreux et les plus remuans. La nomination du général Meade au commandement de l’armée du Potomac et la grande victoire de Gettysburg déjouèrent tous ces projets; mais à New-York la poudre était prête et partit toute seule. La plus grande ville commerciale de l’Union fut pendant quelques jours le théâtre de scènes atroces : les mouvemens de la populace irlandaise, qui a toujours été l’armée obéissante du parti démocratique, n’étaient que l’explosion intempestive d’une conspiration dès longtemps nouée, et dont les ramifications s’étendaient jusqu’à Washington et à Richmond. La conscription était le prétexte habilement choisi par les meneurs; mais les infâmes violences exercées contré lés noirs affranchis révélèrent le véritable caractère dé l’insurrection. Les saturnales de la cause qui ne reculait pas devant le meurtre, l’incendie et le pillage, ne furent pas de longue durée; et bientôt l’écho des grandes victoires obtenues dans la vallée du Mississipi étouffa les derniers murmures de la trahison.