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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/825

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admirable que cette conception du Paris moderne, flanqué d’un côté par le bois de Boulogne et le nouveau quartier de l’Etoile, de l’autre par le bois de Vincennes et la place du Trône, entre lesquels on médite déjà de dessiner sur les hauteurs des buttes Saint-Chaumont un troisième parc, égal aux deux autres par la limpidité des eaux et la fraîcheur des ombrages, supérieur par l’aspect du plus magnifique horizon ? De cette hauteur, Paris, vu de jour, avec tous ses boulevards, ses squares, ses larges rues, les dômes de ses monumens, n’aurait rien de comparable au monde que Paris vu de nuit, avec les guirlandes de feu qui en dessinent les contours.

Si, d’autre part, après avoir transformé la ville, on a voulu changer aussi les conditions matérielles de la vie des habitans, élever le salaire des ouvriers par le développement incessant des travaux publics, accroître la consommation, améliorer la condition sanitaire des classes les plus nombreuses, et prolonger ainsi la durée moyenne de la vie, assurément encore il n’y a qu’à se féliciter des résultats obtenus. Il n’est pas besoin de revenir sur la comparaison que nous avons faite entre l’accroissement du produit de l’octroi, l’élévation des salaires et l’augmentation de la population. On peut à coup sûr appliquer aux habitans de Paris ce qu’un des journaux les plus accrédités de Londres disait récemment au sujet de l’énorme importation de denrées introduites en Angleterre : « Cet accroissement, qui n’est pas le fait de l’augmentation de la population ni de la diminution de la production anglaise, prouve que la masse de la nation est mieux nourrie qu’autrefois. » Certes on peut en dire autant de la population parisienne : elle est mieux nourrie qu’autrefois, et sous ce rapport l’amélioration est surtout sensible dans la classe ouvrière.

Il est encore un autre besoin d’un ordre plus élevé, dont la satisfaction s’est étendue jusqu’aux couches les plus profondes de la population : c’est le besoin de mouvement, la promenade soit à l’intérieur de la ville, soit dans les campagnes ou les forêts séculaires qui l’entourent. Il a toujours été dans les habitudes de la population parisienne de se porter en foule aux promenades, aux lieux de réjouissances publiques, et de s’échapper le dimanche en joyeux essaims hors des murs. Quels progrès sous ce rapport depuis ces malheureux couscousque notre génération a vus disparaître, et même depuis ces vélocifères transportant à grand’peine, à travers la poussière du chemin, quelques centaines de voyageurs à Meudon, à Saint-Germain, à Sceaux ou à Versailles ! Aujourd’hui chacune des grandes compagnies qui se partagent le réseau des chemins de fer français, et dont la tête est à Paris, entretient ^pour les besoins de la capitale un service de banlieue qui, ajouté au service général de la ligne, déverse sur tous les points de la campagne parisienne des flots de promeneurs se comptant à certains jours par centaines de