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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/783

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Pas plus que les rues de la ville, le grand chemin d’eau qui a été l’origine de sa fortune, la Seine, ne présentait en 1800 un cours commode et régulier. Obstruée de maisons, sans quais, traversée par des ponts couverts et peu nombreux, elle ne servait ni aux usages publics, ni aux besoins domestiques des habitans. Le premier projet sérieux d’amener à Paris un assez grand volume d’eau pour répondre à ce double objet date de 1799. L’illustre auteur du canal du Midi, Paul Riquet, avait fait, il est vrai, les études du canal de l’Ourcq, et en 1788 des machines à vapeur à Chaillot et au Gros-Caillou prenaient l’eau de la Seine pour alimenter quelques fontaines; mais depuis la révolution tout effort pour développer ces entreprises ou commencer de nouveaux travaux avait été suspendu. En 1800, Paris manquait d’eaux salubres. Quant à l’écoulement des eaux pluviales et malsaines, la Seine, la Bièvre, le ruisseau de Ménilmontant, recevaient les unes; les autres étaient versées dans les fossés creusés autour des murailles qui servaient d’égouts, et auxquels des canaux à ciel ouvert amenaient les immondices depuis le centre de Paris., L’infection causée par ce système était telle qu’il fallut, au milieu du XVIIIe siècle, accorder des privilèges pour encourager les Parisiens à bâtir aux abords de l’égout Montmartre, qui ne fut terminé qu’en 1812. L’égout de la rue Saint-Denis ne fut achevé qu’en 1800, celui de la rue de Rivoli en 1807. Pendant la restauration, l’égout de la rue du Ponceau était encore à découvert sur une longueur de 103 mètres. Est-il nécessaire d’ajouter que l’enlèvement des boues de Paris date de l’organisation de la préfecture de police (17 février 1800), et qu’en dépit de la décision de l’assemblée nationale, qui voulut répandre l’emploi des lampes à réflecteur, substituées aux lanternes renfermant des chandelles de quatre à la livre, l’éclairage à l’huile existait à peine dans la première année du siècle? Dix-sept ans plus tard, ce mode d’éclairage, perfectionné alors, et dont un nouveau progrès a si complètement effacé le souvenir, était loin de suffire aux besoins de la population, puisqu’on ne comptait en 1817 à Paris que 4,521 lanternes munies de 10,500 becs d’huile. Enfin en 1800 la longueur totale des rues était de 350,000 mètres, sur lesquels la surface du pavé entretenu ne s’élevait qu’à 2,500,000 mètres carrés, et il n’existait alors aucun trottoir.

L’administration et la police de cette ville sale, mal éclairée et insalubre, laissaient, on le comprend sans peine, beaucoup à désirer. Prisons, hospices, bâtimens communaux, monumens du culte, tout tombait en ruine et appelait d’urgentes améliorations. En pouvait-il être autrement sous l’empire de la législation de l’an III? La commune de Paris formait un seul canton, divisé en douze municipalités,