Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/780

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


plus d’étudier les mouvemens de cette vie inquiète et puissante, d’en suivre les modifications, d’en prévenir, s’il se peut, les crises.

Dans une enquête faite en 1847 par la chambre de commerce et rendue publique en 1851, on comptait 342,000 ouvriers environ attachés à l’industrie parisienne, sur lesquels 205,000 hommes, les apprentis retranchés, ne gagnaient que 2 fr. 49 c. par jour, tandis que le salaire de 113,000 femmes ne dépassait pas 1 fr. 07 cent. Avant l’annexion de la banlieue en 1859, les 1,100,000 habitans de la capitale pouvaient se diviser en deux grandes parts : 600,000 vivant de l’industrie proprement dite, 500,000 commerçans, rentiers, fonctionnaires, employés, domestiques, etc. [1]. Depuis l’annexion, le chiffre de la première de ces deux catégories s’est certainement accru, puisque la plupart des communes annexées devaient leur origine et leurs développemens à la création d’établissemens industriels. Le mouvement progressif de la population parisienne a donc eu lieu au profit à peu près unique de l’élément manufacturier: mais cet élément, dira-t-on, ne présente peut-être pas un danger toujours permanent et égal, attendu que dans l’industrie les ouvriers ne sont pas tous sédentaires. Leur nombre s’accroît ou diminue selon que le travail est rare ou abondant; il ne faut donc compter dans la décomposition des habitans de Paris que les ouvriers à résidence fixe. Déjà, d’après l’enquête précitée, le nombre de ceux-ci s’élevait à 334,000 en 1847, soit à plus du tiers de la population. L’annexion a grossi encore cette proportion. En effet, dans les anciennes communes suburbaines, l’aspect des immenses usines qui donnent à cette partie de la capitale une physionomie semblable à celle des métropoles manufacturières de l’Angleterre, la nature même des industries, démontrent que les ouvriers qu’elles emploient se livrent à des travaux permanens, et viennent grossir l’armée déjà si nombreuse des travailleurs sédentaires. Enfin comment s’imaginer qu’une ville où il y a toujours de si grandes entreprises à poursuivre, qui est devenue, grâce aux nouveaux moyens de communications et à l’attrait qu’elle possède, la véritable capitale du monde, cessera un seul instant d’attirer dans son sein les troupes innombrables d’ouvrière de tout genre auxquels les capitaux privés versent tant de salaires et le trésor public distribue une si large part de ses ressources [2]? Ainsi donc, sédentaires ou non, le nombre des ouvriers dans la population

  1. C’est l’estimation donnée par M. Le Berquier dans son livre sur l’administration de la commune de Paris.
  2. D’après un compte général de l’administration des finances qui remonte à quelques années, sur un total de 2 milliards 739 millions de paiemens faite par le trésor, le département de la Seine avait seul absorbé 877 millions. Depuis lors, sa part ne s’est pas amoindrie.