Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/775

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


planétaires séparées d’elle, quoique toujours dans son intime dépendance; qui dans chaque planète, au moins dans la nôtre, a produit un développement régulier : l’apparition de la vie, le perfectionnement successif de cette vie, — l’apparition, le progrès de la conscience, d’abord obscure et enveloppée, vers quelque chose de plus en plus libre et clair, — la formation lente de l’humanité, — le développement de l’humanité, d’abord inconsciente dans les mythes et le langage, puis consciente dans l’histoire proprement dite, — et cette histoire elle-même toujours plus une, plus puissante, plus étendue. Le progrès vers la conscience est la loi la plus générale du monde. La plus haute chose que nous connaissions dans l’ordre de l’existence (c’est-à-dire hors de l’absolu et de l’idéal), c’est l’humanité. Certes nous ne pouvons nier qu’il n’y ait dans d’autres corps célestes des consciences bien plus avancées que celles de l’humanité; mais nous n’en avons nulle connaissance. Il y a plus : nous pouvons affirmer qu’aucune de ces consciences, dont l’existence est plus que probable, n’est arrivée à un degré immensément supérieur à celui que l’homme a pu atteindre. Ce qui constituerait en effet une colossale supériorité pour une conscience intelligente, ce serait d’avoir franchi autrement que par l’induction scientifique les limites de sa planète, d’avoir étendu son action au-delà du corps céleste où elle serait née. Or rien de semblable n’a lieu dans le système solaire. Toutes les humanités que ce système peut renfermer sont emprisonnées dans leur limite astronomique, et aucune d’elles n’en sait assez pour agir sur les autres corps du système. Nous ne pouvons en dire autant des autres systèmes solaires; mais certainement aucun être ou classe d’êtres intelligens, sur un point quelconque de l’univers visible, n’est arrivé à une totale action sur la matière, ni à se mettre en rapport avec les êtres vivant sur d’autres corps. Jamais un fait n’a été observé qui exige une telle hypothèse, En dehors de l’homme, on n’a jamais constaté un seul acte libre intervenant dans le courant des choses pour leur faire prendre un cours différent de celui qu’elles eussent pris sans cela.

De la longue histoire que nous connaissons, pouvons-nous tirer quelque induction sur l’avenir? L’infini du temps sera après nous comme il a été avant nous, et dans des milliards de siècles l’univers différera de ce qu’il est aujourd’hui autant que le monde d’aujourd’hui diffère du temps où ni terre ni soleil n’existaient. L’humanité a commencé, l’humanité finira. La planète Terre a commencé, la planète Terre finira, Le système solaire a commencé, le système solaire finira. Seulement ni l’être ni la conscience ne finiront. Il y aura quelque chose qui sera à la conscience actuelle ce que la conscience actuelle est à l’atome. Et d’abord l’humanité, avant d’avoir épuisé sa planète et subi d’une façon fatale l’effet du refroidissement