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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/773

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ce que l’on savait. En tout cas, elles sont totalement hors des faits. Les règles du syllogisme, les axiomes fondamentaux de la raison pure, seraient vrais comme les mathématiques, quand même il n’y aurait personne pour les percevoir. Mathématiques pures, logique, métaphysique, autant de sciences de l’éternel, de l’immuable, nullement historiques, nullement expérimentales, n’ayant aucun rapport avec l’existence et les faits. Par elles, nous plongeons dans un monde qui n’a ni commencement, ni fin, ni raison d’exister. Ne nions pas qu’il n’y ait des sciences de l’éternel; mais mettons-les bien nettement hors de toute réalité. Dans l’ordre de la réalité, ce que nous voyons, c’est un développement échelonné selon le temps, et dans lequel nous distinguons :

1° Une période atomique, au moins virtuelle, règne de la mécanique pure, mais contenant déjà le germe de tout ce qui devait suivre;

2° Une période moléculaire, où la chimie commence, où la matière a déjà des groupemens distincts;

3° Une période solaire, où la matière est agglomérée dans l’espace en masses colossales, séparées par des distances énormes;

4° Une période planétaire, où dans chacun de ces systèmes se détachent autour de la masse centrale des corps distincts ayant leur développement individuel, et où la planète Terre en particulier commence d’exister;

5° Période du développement individuel de chaque planète, où la planète Terre en particulier traverse les évolutions successives que révèle la géologie, où la vie apparaît, où la botanique, la zoologie, la physiologie commencent à avoir un objet;

6° Période de l’humanité inconsciente, qui nous est révélée par la philologie et la mythologie comparée, s’étendant depuis le jour où il y a eu sur la terre des êtres méritant le nom d’hommes jusqu’aux temps historiques;

7° Période historique, commençant à poindre en Egypte, et comprenant environ cinq mille ans, dont 2,500 ans seulement avec quelque suite, et 3 ou 400 ans seulement avec une pleine conscience de toute la planète et de toute l’humanité.

En somme, ce qu’on appelle l’histoire est l’histoire de la dernière heure, comme si, pour comprendre l’histoire de France, nous étions réduits à savoir ce qui s’est passé depuis une dizaine d’années. Deux élémens, le temps et la tendance au progrès, expliquent l’univers. Mens agitat molem... Spiritus intus alit... Sans ce germe fécond de progrès, le temps reste éternellement stérile. Une sorte de ressort intime, poussant tout à la vie, et à une vie de plus en plus développée, voilà l’hypothèse nécessaire. Les vieilles écoles atomiques, qui trouvèrent tant de vérités, arrivèrent à l’absurde faute d’avoir